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Tours : Une nouvelle mosquée de 3 000 mètres carrés.



Après la cathédrale Saint-Gatien (XIIe-XVIe), la synagogue de la rue Parmentier (1908), c’est au tour du culte musulman de la ville de Tours d’avoir pleinement pignon sur rue. La première pierre à l’édifice de la future mosquée devrait être posée en septembre 2008. Gros plan sur le projet et rencontre avec les fidèles


© D.R.
© D.R.
La mosquée Fath, la plus importante à Tours, est située en centre-ville, rue Lobin, un quartier résidentiel et vieillissant. Elle est également proche du Centre international de congrès Vinci, le plus gros pôle culturel de Tours, qui accueille régulièrement conférences, expositions et concerts.
 
Quatre salles de prière principales, une bibliothèque-cafétéria et un bureau la composent. L’imam résidant en ville, son ancien logement de fonction sert de salle de prière aux femmes. Moquettes vertes et odeur d’encens : la simplicité du lieu n’entache pas l’atmosphère spirituelle et chaleureuse qui s’en dégage.
 
Lieu de convivialité et d’apprentissage, la mosquée organise chaque semaine des cours d’arabe, de lecture du Coran et du soutien scolaire ainsi que des conférences. Dans la cour intérieure – qui sert de cinquième salle de prière le vendredi –, les fidèles se retrouvent parfois autour d’un café, d’un thé à la menthe ou d’un repas. L’occasion de déguster une karantita, une tarte algérienne à base de pois chiches. Durant le mois de ramadan, des repas sont organisés au profit des personnes défavorisées et d’étudiants isolés. Chaque vendredi, la mosquée peut accueillir jusqu’à un millier de fidèles venus de toute l’agglomération. Vingt-cinq nationalités s’y côtoient : Algériens, Marocains, Turcs, Afghans, Vietnamiens, Pakistanais… Certains prient parfois sur le trottoir, faute de place à l’intérieur. Cela explique la nécessité d’un espace plus grand – la mosquée Fath fait 695 m2 – et moins vétuste.

La nouvelle mosquée

Situé au sud de Tours, dans la zone industrielle du Menneton, avenue Charles-Bedaux, le terrain de 9 500m2 de la future mosquée – issu du domaine public – a été acheté le 26 janvier 2005 par la Grande Mosquée de Paris, propriétaire de l’actuelle mosquée de la rue Lobin. Toutefois, la CIIL reste gestionnaire.
 
Son coût : 72 565 €. « La démarche a été compliquée. Au niveau local, il a fallu calmer le jeu. Nous sommes musulmans mais aussi Français et fiers de l’être. Il faut savoir dialoguer », estime Salah Merabti, président de la CIIL. Le permis de construire a été obtenu en février dernier. Sur les 5 millions d’euros du projet, un peu plus de 1 million a déjà été récolté grâce aux fidèles, aux collectes, à un chèque de 490 000 € du ministère algérien chargé du Culte, à 10 000 € d’un imam saoudien et de 500 € – don ô combien symbolique – de la communauté juive.
 
Prévus sur 26 mois, les travaux doivent démarrer au mois de septembre 2008. L’environnement direct de la mosquée sera modifié, puisque des maisons et des hôtels remplaceront les terrains vagues ou les quelques entrepôts actuels. Le tramway tourangeau, dont la construction est prévue pour le début 2012, et le prolongement de la ligne de bus n° 4 devraient faciliter son accès.

Tissage de lien​s interreligieux

Dans le cadre du dialogue interreligieux  – démarré en 2001 à la suite des attentats du 11-Septembre –, la mosquée organise des conférences tous les 3  mois avec les autres communautés religieuses. Les thèmes portent sur des faits sociaux communs, par exemple le mariage mixte. Tout au long de l’année, des élèves d’établissements privés catholiques viennent régulièrement visiter la mosquée. De l’école primaire au lycée, ils viennent s’initier à l’islam au contact des membres de la mosquée, qui répondent également à leurs questions. Les séances durent 45 minutes et sont suivies d’un goûter, composé de  limonade et de pâtisseries orientales. Les membres de la CIIL se déplacent également dans les écoles catholiques pour cette initiation à la religion.
 
Pendant tout le mois de ramadan, entre 100 et 150 repas sont servis par la mosquée à des jeunes, essentiellement des étudiants. À chaque fin de jeûne, des fidèles apportent des assiettes de gâteaux aux voisins, pour la plupart des personnes âgées.

Des rencontres musicales religieuses au profit de l’UNICEF ont également été organisées par les diff érentes communautés en 2006 et 2007. La CIIL, par le biais de son président Salah Merabti, participe à toutes les commémorations officielles, les fêtes de fin d’année comme Noël et les autres manifestations locales. Depuis 4 ans, la CIIL est cogestionnaire, avec la mosquée de Joué-lès-Tours, d’un abattoir situé au parc des expositions de Tours. 

Repères
En 1973, la communauté catholique prête un garage aux musulmans pour une année, finalement occupé jusqu’en 1982.
Créée cette année-là, la Communauté islamique d’Indre-et-Loire (CIIL) achète une ancienne menuiserie, au numéro 18 de la rue Lobin. 
De 1982 à 1994, elle accueillera entre 400 et 500 personnes.
En 1994, la CIIL fait appel à la Grande Mosquée de Paris pour acquérir le n° 16 et, en 1997, le n° 14, la salle de prière des femmes depuis 2007. 

Descriptif du projet

Superficie : 3 000 m2 pour tout le centre, dont 2 300 m2 pour la seule mosquée.
Au rez-de-chaussée : une salle de prière pouvant accueillir 1 500  personnes, des locaux pour les sanitaires et les ablutions, des bureaux, des salles de cours d’arabe et d’apprentissage du Coran. 
Au premier étage (avec un ascenseur pour les handicapés) : la salle de prière réservée aux femmes (500 places), leurs sanitaires et salle d’ablution, et un logement de fonction pour l’imam.
Une salle de conférences et/ou de fêtes est également prévue. 
Un parking de 22 places et un parking souterrain de 86 places.

Tours : Une nouvelle mosquée de 3 000 mètres carrés.
Portrait  
    
Retraité depuis trois ans, Salah Merabti est un homme très occupé. Cet ancien plombier-chauffagiste du secteur pharmaceutique arrivé d’Algérie à l’âge de 16 ans, estime même « travailler encore plus aujourd’hui ». Celui qui se définit avant tout comme « profondément maghrébin » est à la fois président de la Communauté Islamique d’Indre-et-Loire (CIIL) depuis 1996 (il en était le trésorier de 1982 à 1996), délégué régional de la Grande Mosquée de Paris et ancien vice-président du CFCM Région-Centre. Après quelques années passées en région parisienne, il débarque à Tours en 1969. Il faisait alors partie de l’Amicale des Algériens (jusqu’en 1982), dont la salle située en centre-ville sert de principal lieu de prière aux musulmans. En 2007, il reçoit les insignes de chevalier de l’ordre du Mérite. 


Reportage et photos d'Anissa Ammoura le Lundi 1 Septembre 2008


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Mohammed Colin - 18/11/2021
Par un hasard du calendrier, les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont coïncidé avec le début du procès hors norme des attaques du 13 novembre 2015. Deux traumatismes provoqués par la même idéologie mortifère, le jihadisme, mais qui font appel à deux visions différentes pour répandre la justice. Si les profils et les modes d’actions changent avec le temps, le terrorisme islamiste s’inscrit dans le temps long en mettant au défi l’État de droit de nos sociétés. Chaque attentat coche à deux objectifs simultanés tels le fameux effet « kiss-cool ». Outre le fait de semer l’effroi auprès des populations conformément à la nature intrinsèque du terrorisme, le but est aussi de prendre en défaut nos systèmes démocratiques en les conduisant à renier leurs valeurs. La suspicion généralisée, la production de lois et de tribunaux d’exception sont des dommages qui font partie intégrante de leur stratégie. Le second effet serait donc une sorte de pousse à la faute qui soutiendrait l’idée que notre système démocratique n’est pas si vertueux qu’il n’y parait. C’est dans ce sens que la réponse va-t-en-guerre de Bush au Moyen-Orient après le 11-Septembre et son incapacité à traduire, 20 ans après, les inculpés devant un tribunal digne des standards de justice d’un État démocratique constituent de graves erreurs qui profitent aux jihadistes. En France, six ans après l’horreur du 13-Novembre, c’est une autre approche qui nous guide. Celle de la justice encadrée par notre État de droit. Face au déchaînement de violence qui a fait 131 morts, nous répondons par neuf mois d’un procès historique minutieusement préparé dans lequel sont jugés 20 accusés. Il représente une étape importante dans le processus de résilience des victimes directes mais aussi pour la communauté nationale. La captation vidéo entière du procès constituera un matériau d’importance pour la postérité. Une leçon pour les futures générations que le respect de l’Etat de droit doit demeurer notre boussole.