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Pluralité des mémoires




Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, le préfet Maurice Papon ordonnait la répression sanglante contre des manifestants algériens en faveur de l’indépendance. Plus d’une centaine d’Algériens ont trouvé la mort sous les coups des policiers.

Ce massacre n’est pas uniquement un élément important de l’histoire de l’indépendance algérienne. Plus largement, il est aussi un élément constitutif de la mémoire maghrébine en France. Le rapport fait d’inquiétude qu’ont les personnes issues de l’immigration maghrébine prend à coup sûr racine dans ce trauma collectif. C’est explicite lorsque que l’on regarde la défiance de la jeunesse des quartiers, à qui la mémoire s’est plus ou moins mal transmise.

Parce qu’il y a eu, certes, le silence de ces travailleurs immigrés qui se sont réfugiés dans le mutisme pour panser leurs plaies et qui n’ont pas su donner des mots à leur descendance pour faire comprendre ce qu’ils ont vécu. Mais aussi parce qu’il y a surtout eu, durant plusieurs décennies, le déni de l’État français… jusque dans les ouvrages scolaires.

Fort heureusement, la chape de plomb semble s’effriter. De nombreuses plaques en mémoire des Algériens jetés dans la Seine seront cette année commémorées sur plusieurs communes. Les défis de la France plurielle et interculturelle sont de reconnaître ces parts d’ombre : Vichy ; les massacres (comme en 1946, à Sétif ; en 1947, à Madagascar) ; les abandons de population (les harkis, en 1962) ; et surtout l’intégration de ces différentes mémoires au sein du grand récit national.

La route est certes longue et semée d’embuches, le danger de la concurrence des mémoires n’est pas à sous-estimer ; mais le défi doit être relevé, car il sous-tend notre cohésion sociale.

Mohammed Colin le Samedi 8 Octobre 2011


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Edito

Le temps de la justice

Mohammed Colin - 18/11/2021
Par un hasard du calendrier, les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont coïncidé avec le début du procès hors norme des attaques du 13 novembre 2015. Deux traumatismes provoqués par la même idéologie mortifère, le jihadisme, mais qui font appel à deux visions différentes pour répandre la justice. Si les profils et les modes d’actions changent avec le temps, le terrorisme islamiste s’inscrit dans le temps long en mettant au défi l’État de droit de nos sociétés. Chaque attentat coche à deux objectifs simultanés tels le fameux effet « kiss-cool ». Outre le fait de semer l’effroi auprès des populations conformément à la nature intrinsèque du terrorisme, le but est aussi de prendre en défaut nos systèmes démocratiques en les conduisant à renier leurs valeurs. La suspicion généralisée, la production de lois et de tribunaux d’exception sont des dommages qui font partie intégrante de leur stratégie. Le second effet serait donc une sorte de pousse à la faute qui soutiendrait l’idée que notre système démocratique n’est pas si vertueux qu’il n’y parait. C’est dans ce sens que la réponse va-t-en-guerre de Bush au Moyen-Orient après le 11-Septembre et son incapacité à traduire, 20 ans après, les inculpés devant un tribunal digne des standards de justice d’un État démocratique constituent de graves erreurs qui profitent aux jihadistes. En France, six ans après l’horreur du 13-Novembre, c’est une autre approche qui nous guide. Celle de la justice encadrée par notre État de droit. Face au déchaînement de violence qui a fait 131 morts, nous répondons par neuf mois d’un procès historique minutieusement préparé dans lequel sont jugés 20 accusés. Il représente une étape importante dans le processus de résilience des victimes directes mais aussi pour la communauté nationale. La captation vidéo entière du procès constituera un matériau d’importance pour la postérité. Une leçon pour les futures générations que le respect de l’Etat de droit doit demeurer notre boussole.