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Moussa Sow : « Jouer la Coupe d’Afrique des nations, un choix du coeur »



Personne ne l’attendait là. Gamin du Val-Fourré, Moussa Sow s’est imposé comme l’un des meilleurs buteurs de l’Hexagone. À 25 ans, le Lillois puise sa force dans une détermination hors normes et une spiritualité religieuse qui le rendent différent des autres. S’il fuit la lumière des médias, c’est pour mieux la retrouver auprès des siens, de sa foi et de son pays d’origine : le Sénégal. Confessions intimes.


© Baziz Chibane / SIPA
© Baziz Chibane / SIPA

Moussa, être né dans un milieu aussi cosmopolite que le Val-Fourré (Mantes-la-Jolie), est-ce que cela a facilité votre intégration dans un milieu comme le football ?

Moussa Sow : Oui, on peut le dire. Le fait d’être né dans un quartier, cela m’a aidé car beaucoup de joueurs sont issus des milieux populaires. On vient du même  endroit et au niveau culturel c’est plus simple.
Mais il y a aussi des joueurs qui viennent d’ailleurs et le fait d’avoir vécu dans un milieu métissé, cela vous enrichit et ouvre l’esprit sur les autres.

Est-ce que vous avez gardé des attaches avec votre quartier d’origine ?

M.S. : J’y retourne souvent pour voir mes parents.  Cela m’apporte beaucoup, j’ai grandi ici et ma famille aussi. Tous mes amis sont à Mantes. Je m’y ressource et dès  que je suis un peu en panne, revenir à proximité des terrains où j’ai mis des buts quand j’étais gamin, cela peut fortement m’inspirer [Rires].

Les clichés veulent que les footballeurs écoutent du rap dans leur casque quand ils descendent des bus. Collez-vous aux clichés ?

M.S. : Dans mon casque, tous les jours, j’aime écouter les sourates du Coran, et aussi un peu de chanson sénégalaise et du rap.

Qu’est-ce que vous apporte le Coran ?

M.S. : Cela m’apaise beaucoup et me fait réfléchir. Ça fait du bien au coeur. Ma foi est très importante dans ma vie de tous les jours, c’est même primordial. Sans cela, je ne serai pas bien et j’en ai toujours besoin. Je le ressens profondément.

Cela permet-il de relativiser dans un métier où vous êtes constamment jugé ?

M.S. : Oui, effectivement. Parfois, lorsque je rate une occasion, je sais que cela devait arriver. Je me dis que comme ça, c’était écrit, c’est le mektoub. Peut-être qu’un autre se prendrait plus la tête à ma place dans ce genre de situation.

Pourquoi votre carrière a-t-elle pris un tel tournant à Lille, alors que vous étiez relativement anonyme pour le grand public ?

M.S. : C’est mon parcours qui m’a aidé à me construire. Car tout ne fut pas facile, c’est une bonne école. Mon passage par Sedan, en 2007- 2008, m’a fait du bien. Je suis ensuite revenu à Rennes, où j’ai fini meilleur buteur du club avec 9 buts. Ensuite, il y a des choses qui ont fait que je n’ai pas pu confirmer là-bas. À Lille, je savais qu’il allait y avoir de la concurrence, j’ai fait comme j’ai toujours fait : je ne me suis pas posé de questions. Je me suis donné à fond et ça a payé.

Vous avez choisi le Sénégal bien avant la polémique sur les quotas et les binationaux dans le foot français. Le sélectionneur des Bleus, Laurent Blanc, avait regretté par la suite votre choix. Était-ce un choix du coeur ou alors tout simplement parce que l’équipe de France ne s’était pas manifestée ?

M.S. : C’est clairement un choix du coeur. Je suis de nationalité française aussi, je suis né et j’ai vécu en France, mais je n’oublie pas mes origines ainsi que mes parents qui viennent du Sénégal. Mes racines sont de là-bas, j’y vais souvent et c’est  donc pour ces raisons que je joue pour la sélection du Sénégal. Il y a eu l’épopée des Lions au Mondial 2002, cela m’a aussi encouragé à jouer pour le Sénégal.

Justement vous allez disputer la prochaine édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), en janvier, au Gabon et en Guinée équatoriale. Parmi les favoris, le Sénégal va-t-il décrocher le trophée pour la première fois de son Histoire ?

M.S. : L’objectif, c’est vraiment d’aller le plus loin possible. On sait qu’on a une très belle équipe avec des grosses individualités. On sait également que, par le passé,  on a aussi eu de très grands joueurs et on n’a rien gagné. On attend toujours la première CAN et on va tout faire pour aller la chercher.

Souvent entraîné par des étrangers, le Sénégal a fait le choix d’un staff technique local et les résultats sont prometteurs. Cela veut-il dire que les compétences locales ont été sous-estimées jusqu’à présent ?

M.S. : Il y a des compétences en Afrique et il faut effectivement savoir les valoriser. On a un très bon staff. Là, avec Amara Traoré et son staff où beaucoup de gens sont du Sénégal, on sent que, depuis le début de la reconstruction, il y a deux ans, l’équipe avance. Et puis il y a aussi Ferdinand Coly qui fait partie de ce staff. Il a joué en Europe à haut niveau, et il nous comprend.

Le Sénégal vous tient à coeur. Pouvez-vous nous parler de votre association I Love Sénégal ?

M.S. : C’est une association qui aide les jeunes en difficulté. Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation ou même de la nutrition. Le but, c’est d’essayer de leur redonner un peu de sourire à travers des aides comme les fournitures scolaires ou alors dans les prises en charge de pathologies.

Et à titre personnel, comment vous investissez-vous ?

M.S. : Bien évidemment, j’aide financièrement. J’aimerais aussi y associer d’autres joueurs de la sélection nationale. Car, pour les jeunes au Sénégal, les footballeurs en Europe représentent un rêve. De nous rencontrer, c’est quelque chose de fort pour eux ; et pour nous aussi, quand on les voit depuis l’intérieur de notre bus, cela nous donne déjà des frissons. 

Très discret dans les médias, est-ce que vous êtes un garçon naturellement réservé ou alors cultivez-vous une forme de méfiance vis-à-vis de la surmédiatisation ?

M.S. : Non, c’est que je suis fondamentalement réservé. Je ne parle pratiquement jamais. Je n’ai pas envie de parler. Ce n’est pas une défiance, c’est juste que je suis comme ça.

Meilleur buteur la saison dernière (25 buts), le fait de confirmer n’est-il pas le plus difficile, comme pour un artiste après un tube ?

M.S. : Je sais très bien que je suis attendu. À part Papin, Lacombe et quelques autres, il y a peu de joueurs qui ont été consacrés deux saisons de suite. Cette année, je le sais et je ressens que c’est difficile. Les 25 buts ? Peut-être que je ne les mettrai pas et que j’en mettrai même beaucoup moins. Mais je ne préfère pas me prendre la tête avec cela. Là, il y a la CAN qui arrive, je ne vais pas en marquer pendant cette période. Donc je reste concentré et je vais essayer d’en mettre avant de partir avec la sélection nationale.

En dehors du football, quelle est la vie de Moussa Sow ?

M.S. : Je m’occupe. Je vais voir souvent mes potes. J’aime aller au bowling ou encore lire. À Villeneuved’Ascq, il y a une Grande Mosquée qui vient d’être achevée depuis quatre mois, je m’y rends. Les gens sont très accueillants. Ils aiment discuter et échanger, et cela me touche beaucoup.

Bio Express

Né le 19 janvier 1986 dans les Yvelines, à Mantes-la-Jolie, de parents sénégalais, Moussa Sow a grandi au Val-Fourré. Comme beaucoup de ses copains, il passe du temps à « taper le ballon » dans son quartier. Talentueux, il gravit progressivement les échelons de son sport.
En 2005, il devient champion d’Europe des moins de 19 ans avec, à ses côtés, Yoann Gourcuff ou Hugo Lloris.
En club, il joue successivement à Amiens, à Rennes, à Sedan et à Lille. La saison dernière, il devient champion de France avec Lille et termine meilleur buteur de Ligue 1 (25 buts). Moussa Sow est le prototype de l’attaquant moderne. Puissant, il est intéressant par sa capacité à faire des appels en profondeur. Il est capable de dominer son adversaire corps à corps et peut évoluer sur tout le front de  l’attaque.
En 2009, il décide de rejoindre l’équipe du Sénégal. Avec 7 buts en 13 sélections, l’enfant du Val-Fourré rêve de hisser le Sénégal sur le toit de l’Afrique lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations au Gabon et en Guinée équatoriale.

Propos recueillis par Nabil Djellit le Jeudi 1 Décembre 2011

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