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L’inverse de Ménard




La dernière sortie de Robert Ménard, maire de Béziers, sur l’usage des statistiques ethniques révèle une fois encore l’obsession de la « question musulmane » en France. Si on fait abstraction des idées frontistes que porte ce maire, sa naïveté déconcertante de croire qu’un prénom arabe peut être le marqueur de la confession musulmane nous a quelque peu fait sourire. Seulement, voilà que le fichage municipal de citoyens sur des critères religieux et ethniques nous renvoie à une histoire douloureuse, celle des juifs raflés sous Vichy. D’où la stupeur générale et la condamnation unanime.

Ce sont d’ailleurs ces dérives qui sont avancées pour contrecarrer ceux qui demandent pour la bonne cause l’usage de catégories ethniques afin de tracer les discriminations à l’oeuvre. Concernant l’accès à l’emploi, par exemple, l’appartenance religieuse peut être discriminante. Une étude (French-American Foundation, 2010) menée sur la base de testing de CV a montré qu’un musulman a 2,5 fois moins de chances d’être convoqué à un entretien de recrutement qu’un camarade chrétien. L’étude, outre le prénom musulman, a eu la précaution d’ajouter d’autres signaux (notamment les expériences bénévoles) pour identifier plus objectivement le marqueur musulman.

Face à une telle réalité où l’égalité républicaine est dangereusement piétinée, on devrait être plus pragmatique. Des préconisations destinées à encadrer ce type d’outils ont déjà été faites tels l’anonymat des échantillons, le volontariat ou même le fait de s’assurer que l’organisme en charge de l’étude ne soit jamais rattaché à l’administration publique, à l’entreprise, à la collectivité qui en fait la demande. Tout l’inverse de Ménard tant dans la méthode que dans ses intentions.


Mohammed Colin le Mardi 16 Juin 2015


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Edito

Stop à la confusion

Mohammed Colin - 28/10/2019
Trente années de débats sur la laïcité qui semblent jamais n’en finir. Tel le serpent de mer, le voile alimente très régulièrement les débats dans les colonnes de nos journaux, sur nos écrans de télévision et nos dîners en ville. Pourtant, l’architecture de la laïcité repose sur deux principes simples rappelés très justement par le Premier ministre Edouard Philippe : « la liberté de croire ou de ne pas croire » et « la neutralité absolue des pouvoirs publics s’agissant de faits religieux ». Le reste ne serait que nuances d’interprétation et elles ont parfois tendance à faire dire tout et son contraire aux fameux principes cités plus haut. Ceux et celles qui, aujourd’hui, font valoir de nouvelles lois d’interdiction des signes religieux établissent délibérément des confusions sur le principe de séparation des Eglises et de l’Etat inscrit dans notre Constitution. Raison pour laquelle il est nécessaire de marteler que la laïcité est avant tout un principe de liberté, du culte et de la conscience pour chaque citoyen. Confondre l’Etat et ses fonctionnaires avec la société et les usagers des services publics, ce n’est plus possible. Ces confusions instrumentalisées à des fins politiques désignent le mouton noir : une femme (encore une femme) qui, en portant un voile, refuserait les règles du jeu commun. Faux si nous nous contentons de la simple lecture des deux principes. L’Etat autorise une maman voilée à accompagner ses enfants lors d’une sortie de classe, comme le stipule un arrêt du Conseil d’Etat en 2013. Le plus grave, c’est que ces confusions, qui entrainent de sempiternelles polémiques, produisent de la toxicité au sein de notre tissu social en dressant les gens les uns contre les autres et, au final, renforcent les éléments les plus archaïques au sein de notre société, c’est-à-dire les agents du communautarisme de tout bord, qu’ils soient d’extrême droite ou issus du rang des musulmans identitaires. Totalement contre-productif.