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L’inverse de Ménard




La dernière sortie de Robert Ménard, maire de Béziers, sur l’usage des statistiques ethniques révèle une fois encore l’obsession de la « question musulmane » en France. Si on fait abstraction des idées frontistes que porte ce maire, sa naïveté déconcertante de croire qu’un prénom arabe peut être le marqueur de la confession musulmane nous a quelque peu fait sourire. Seulement, voilà que le fichage municipal de citoyens sur des critères religieux et ethniques nous renvoie à une histoire douloureuse, celle des juifs raflés sous Vichy. D’où la stupeur générale et la condamnation unanime.

Ce sont d’ailleurs ces dérives qui sont avancées pour contrecarrer ceux qui demandent pour la bonne cause l’usage de catégories ethniques afin de tracer les discriminations à l’oeuvre. Concernant l’accès à l’emploi, par exemple, l’appartenance religieuse peut être discriminante. Une étude (French-American Foundation, 2010) menée sur la base de testing de CV a montré qu’un musulman a 2,5 fois moins de chances d’être convoqué à un entretien de recrutement qu’un camarade chrétien. L’étude, outre le prénom musulman, a eu la précaution d’ajouter d’autres signaux (notamment les expériences bénévoles) pour identifier plus objectivement le marqueur musulman.

Face à une telle réalité où l’égalité républicaine est dangereusement piétinée, on devrait être plus pragmatique. Des préconisations destinées à encadrer ce type d’outils ont déjà été faites tels l’anonymat des échantillons, le volontariat ou même le fait de s’assurer que l’organisme en charge de l’étude ne soit jamais rattaché à l’administration publique, à l’entreprise, à la collectivité qui en fait la demande. Tout l’inverse de Ménard tant dans la méthode que dans ses intentions.


Mohammed Colin le Mardi 16 Juin 2015


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Edito

Le temps de la justice

Mohammed Colin - 18/11/2021
Par un hasard du calendrier, les commémorations des attentats du 11 septembre 2001 ont coïncidé avec le début du procès hors norme des attaques du 13 novembre 2015. Deux traumatismes provoqués par la même idéologie mortifère, le jihadisme, mais qui font appel à deux visions différentes pour répandre la justice. Si les profils et les modes d’actions changent avec le temps, le terrorisme islamiste s’inscrit dans le temps long en mettant au défi l’État de droit de nos sociétés. Chaque attentat coche à deux objectifs simultanés tels le fameux effet « kiss-cool ». Outre le fait de semer l’effroi auprès des populations conformément à la nature intrinsèque du terrorisme, le but est aussi de prendre en défaut nos systèmes démocratiques en les conduisant à renier leurs valeurs. La suspicion généralisée, la production de lois et de tribunaux d’exception sont des dommages qui font partie intégrante de leur stratégie. Le second effet serait donc une sorte de pousse à la faute qui soutiendrait l’idée que notre système démocratique n’est pas si vertueux qu’il n’y parait. C’est dans ce sens que la réponse va-t-en-guerre de Bush au Moyen-Orient après le 11-Septembre et son incapacité à traduire, 20 ans après, les inculpés devant un tribunal digne des standards de justice d’un État démocratique constituent de graves erreurs qui profitent aux jihadistes. En France, six ans après l’horreur du 13-Novembre, c’est une autre approche qui nous guide. Celle de la justice encadrée par notre État de droit. Face au déchaînement de violence qui a fait 131 morts, nous répondons par neuf mois d’un procès historique minutieusement préparé dans lequel sont jugés 20 accusés. Il représente une étape importante dans le processus de résilience des victimes directes mais aussi pour la communauté nationale. La captation vidéo entière du procès constituera un matériau d’importance pour la postérité. Une leçon pour les futures générations que le respect de l’Etat de droit doit demeurer notre boussole.