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Yusuf Islam : « Je suis un activiste de la paix »


Après une disparition volontaire longue de trente ans, Yusuf Islam, alias Cat Stevens, revient en force avec tout plein de projets artistiques, dont une comédie musicale et un nouvel album à paraître en 2012. L’homme aux yeux de chat, qui avait réussi à vendre 60 millions de disques en douze ans avant de tout plaquer, montre désormais qu’il a fait la paix avec son Autre, fervent musulman.


© JD1/Wenn.com/Sipa
© JD1/Wenn.com/Sipa
Cat Stevens et Yusuf Islam ne font désormais plus qu’un. Après trente ans de disparition, l’homme aux yeux de chat – comme l’avait surnommé une fille dans les années 1970 – est revenu sur plusieurs des grandes scènes européennes, dont Bercy, à Paris, le 26 mai, plein à craquer. Pour le plus grand bonheur de ses fans, bercés par ses tubes pop-folk composés entre 1968 et 1977 mais aussi par ses odes à la paix que le chanteur-compositeur a créé ces trente dernières années.

Célébrité soudaine

De parents catholiques, Cat Stevens a baigné dans le milieu religieux. Scolarisé dans une école catholique de Londres, il trouve son équilibre dans cette religion.  Avec sa célébrité soudaine en 1968, il s’en éloigne, préférant dépenser son argent à tout-va. Mais la tuberculose qu’il contracte et dont il a failli mourir peu après sa tournée avec le célèbre Jimi Hendrix, à 19 ans, le pousse à chercher un sens à sa vie. En convalescence pendant plus d’une année, Cat Stevens raffermit sa quête à la spiritualité et le rapproche même du bouddhisme.

« Dieu, si Tu m’aides… »

Un nouvel accident en 1976 lui ouvre les yeux sur l’islam. Emporté par une vague vers l’océan alors qu’il se trouvait sur une plage de Malibu, en Californie, il manque de se noyer. Cat Stevens raconte alors avoir pensé : « Dieu, si Tu m’aides, je te promets de travailler pour toi. » C’est alors qu’une immense vague le ramène sur le rivage et le sauve d’une mort certaine. Il est alors âgé de 29 ans. Le Coran que lui rapporte son frère de Jérusalem achève de convaincre l’artiste sur la véracité du message de l’islam, alors même qu’il ne s’était jamais intéressé à cette religion auparavant. Sa conversion, en 1977, l’amène à quitter le monde de la musique et le star system, qu’il juge incompatibles avec sa nouvelle vie spirituelle. L’homme aux 60 millions de disques vendus renonce à sa brillante carrière et s’engage à travailler pour Dieu. Il prend alors le nom de Yusuf Islam en 1979. Peu de temps après, il se marie avec Fouzia Ali, d’origine turque, avec qui il a cinq enfants. 

Un engagement pour la paix

Dans l’ombre, il participe à de nombreuses activités philanthropiques et finance avec générosité plusieurs oeuvres de bienfaisance grâce à l’argent qu’il perçoit de son travail passé. Yusuf Islam compose dans les années 1990 des chants religieux (anasheed) et sort même des albums, dont un double album consacré au Prophète Muhammad en 1995 et un autre d’initiation à l’islam A is for Allah en 2000. Son engagement continu pour la paix et la tolérance le conduira à obtenir, en 2004, le Man of Peace Award, également surnommé le « Nobel des Nobel », car il est décerné par d’anciens lauréats du prix Nobel de la paix. Ce prix lui a été attribué « pour son engagement à promouvoir la paix, la réconciliation des peuples et la condamnation du terrorisme ». 

Le succès sur scène

Malgré sa décision de quitter la scène à la suite de sa conversion, son goût pour la musique ne l’a jamais quitté. C’est sans compter ses enfants, dont un qui décide de lui offrir une guitare guitare en 2001. Lui qui s’était un temps interdit de chanter, Yusuf Islam replonge dans ses souvenirs et réconcilie peu à peu sa vie d’artiste avec son engagement religieux, réalisant qu’il n’y a aucune contradiction entre les deux. Il fera un pas en 2006 avec la sortie d’un nouvel album, An Other Cup, qui vise à favoriser la compréhension entre les musulmans et l’Occident. Malgré le succès, ce n’est pas pour autant qu’il se jette à corps perdu dans l’arène musicale.
Vient trois ans plus tard Roadsinger, pour faire revivre à son public son premier amour des années 1960, le folk. « Les chansons sont un peu  autobiographiques mais assez abstraites pour que tout le monde puisse s’y rapporter et les connecter à sa propre vie », assure-t-il. Il finit par céder à l’envie  de jouer devant son public cette année 2011, en se laissant tenter par la magie des grosses salles de concert, comme Bercy, où il chante fin mai devant un parterre de monde, venu parfois de très loin pour écouter son répertoire d’antan. Presque toutes ses partitions ont été chantées, à l’exception notable de Lady d’Arbanville, fruit d’une rencontre avec la top model américaine Patti d’Arbanville.

Ôde à la justice

En parallèle, il multiplie ses projets et ses engagements. Sa comédie musicale Moonshadow est en cours de préparation. Elle retrace l’histoire d’individus en quête de lumière et de bonheur dans une planète plongée dans une nuit perpétuelle, où seule éclaire l’ombre de la Lune (d’où le titre Moonshadow). Un parcours qui semble coller de près à la vie de Cat-Yusuf. Plusieurs de ses chansons seront reprises pour l’occasion, dont plusieurs titres extraits de l’album Roadsinger. À cela s’ajoute la sortie d’un nouvel opus en 2012. Les révolutions arabes l’ont tout aussi inspiré. Avec My People, il signe l’une de ses plus  belles partitions en hommage à ceux qui se sont soulevés contre les régimes corrompus et dictatoriaux trop longtemps en place. Ce fut sa façon d’apporter son soutien à tous les peuples qui livrent bataille pour la liberté et la justice. À 63 ans, il est toujours aussi vif et réactif. Désormais attendu, Yusuf – tel qu’il se prénomme maintenant sur scène et dans ses albums, délaissant là son deuxième patronyme « Islam » – reste serein et plus grandi que jamais. Il a accepté son passé et le concilie avec le présent pour un futur qui devrait plaire à tous ses fans.

Bio Express

Né Stephen Demetre Georgiou, de père chypriote et de mère suédoise, Cat Stevens est né le 21 juillet 1948 à Londres. Benjamin d’une fratrie de trois enfants, il  grandit dans une famille de restaurateurs. Après douze ans de carrière, il décide de mettre un terme à sa vie de pop star, à sa conversion en 1977. Devenu Yusuf Islam, l’artiste se concentre sur l’apprentissage de la religion. Après trente années passées quasi sous silence, Yusuf Islam revient sur scène.
Site officiel de l’artiste : www.yusufislam.com

Box Office

En tant que Cat Stevens
1966 : Matthew and Son (I love my Dog, Matthew and Son)
1967 : New Masters (The First Cut is the Deepest)
1970 : Mona Bone Jakon (Lady d’Arbanville) / Tea for the Tillerman (Wild World, Father and Son)
1971 : Teaser and the Firecat (Morning has Broken)
1972 : Catch Bull at Four
1973 : Foreigner
1974 : Buddha and the Chocolate Box / Saturnight
1975 : Numbers
1977 : Izitso
1978 : Back to Earth
En tant que Yusuf Islam
1995 : The Life
of the Last Prophet
1996 : Welcome to the Qur’an: Gateway to Faith
1998 : Prayers of the Last Prophet / I Have No Cannons That Roar
2000 : A Is for Allah
2001 : Bismillah
2004 : I Look, I See
2006 : An Other Cup
2009 : Roadsinger

Hanan Ben Rhouma le Lundi 1 Août 2011

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