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Sami yusuf : « Toucher l’âme par la musique, c’est juste magique »



Star internationale, l’Anglais Sami Yusuf a vendu près de 7 millions d’albums.
Chacun de ses concerts est un évènement pour les fans de ce surdoué de la musique. L’auteur-compositeur-interprète revient aujourd’hui avec un troisième album, Spiritique, et a rencontré pour la première fois son public français le 28 mai, au Bataclan, à Paris.


Sami yusuf : « Toucher l’âme par la musique, c’est juste magique »

Votre famille a immigré à Londres alors que vous étiez très jeune…

Sami Yusuf : Je suis arrivé à Londres à l’âge de trois ans. J’ai grandi dans le quartier d’Ealing. C’est un quartier très métissé et vraiment magnifique. Les habitants étaient de toutes origines. Il y avait des Anglais bien sûr, mais aussi des Polonais, des Pakistanais, des Indiens… Quant à moi, je suis azéri et très fier de cette double culture. Londres est une ville qui exerce une influence sur ses habitants : il y règne une atmosphère indescriptible. Imaginez une salle de classe de trente élèves, dont vingt-neuf ont des origines différentes. Vous en sortez beaucoup plus doté en termes de richesse culturelle. 

Comment avez-vous vécu votre double culture ?

S.Y. : J’ai une identité multiple et je suis fier de mon passé et de ma foi. Mais je suis aussi fier de la Grande-Bretagne, un pays extraordinaire où les valeurs  universelles sont partagées par tout le monde comme le respect mutuel et la tolérance ; et je chéris ces valeurs. J’estime que l’on vit dans un monde où personne ne devrait avoir honte de sa culture et ne devrait avoir en s’en justifier car, désormais, toutes les cultures ont vocation à être connectées et à se mélanger.

La relation avec votre père, lui-même musicien, a une grande importance dans votre vie…

S.Y. :  J’ai eu une enfance similaire à celle de n’importe quel enfant. Ma famille accordait beaucoup d’importance aux « valeurs basiques » de la vie. Mais j’ai eu la chance d’avoir à mes côtés quelqu’un de très spécial : mon père. Nous avions une incroyable connexion, voire une intimité, au niveau spirituel et cela a conditionné la plupart des décisions que j’ai prises dans ma vie. Il était lui-même musicien et il n’a cessé de m’encourager dans cette voie depuis toujours.

Quelle forme prend cette connexion spirituelle dont vous parlez ?

S.Y. : Mes compositions et mes choix artistiques peuvent être expliqués par ma relation entretenue avec mon père. Je suis en effet très proche de ma famille et les vertus familiales m’importent profondément. J’ai un frère et une soeur, mais  je pense que la relation avec les parents est particulière. La spiritualité m’a été ainsi transmise par cette relation filiale et par la musique. Cela m’a permis d’apprendre à jouer des instruments et m’a fait éprouver le sentiment de recevoir à chaque instant musical une bénédiction.

Quelles sont vos influences musicales ?

S.Y. : J’écoute tous les styles de musique et je ne crois pas qu’il y ait de mauvais style. J’ai toutefois une préférence pour la musique classique, avec laquelle j’ai  grandi. J’aime aussi la chanson française des années 1970 et 1980. L’un de mes albums favoris est la bande originale du film Love Story, qui est très mélodramatique à mon  goût. Je suis très éclectique et cela vient, une fois encore, de mon père qui nous a bercés avec tous les styles de musique.

Vous définiriez-vous comme un musicien ou comme un chanteur ?

S.Y. : Je suis assurément un musicien. La voix n’est qu’un instrument, même si elle peut être magnifique. Les chanteurs recueillent souvent toute la reconnaissance et sont exposés à la lumière mais ils restent des musiciens. Pour ma part, je ne savais même pas que je pouvais chanter. C’est mon père (encore !) qui m’a  entendu chanter dans mon bain et qui m’a encouragé dans cette voie.

Quel est votre instrument préféré ?

S.Y. : Le piano, spécialement pour composer. Il offre toutes les octaves et toute la gamme d’instruments : quand je regarde un piano, je vois un orchestre ! Le violon est ici ; le violoncelle, là : c’est un instrument incroyable. J’ai d’ailleurs un nouveau piano en provenance de Dubaï, qui a été spécialement conçu pour moi, et que je teste pour la première fois sur la scène du Bataclan.

Votre troisième album s’intitule Spiritique, comment définissez-vous cette notion ?

S.Y. : La spiritualité est quelque chose de très fort en moi, depuis toujours. Mais elle a évolué au cours du temps, car je deviens plus mature. Spiritique est une  musique qui mélange les influences orientales et occidentales pour produire une expérience musicale très spirituelle. Le but est de faciliter les connexions entre les peuples. Pour moi, la plupart des musiciens sont profondément spirituels parce qu’ils ont le pouvoir de toucher l’âme de leur public. C’est inscrit dans la musique et certains ont vraiment conscience de cela. C’est un sentiment très puissant et si je peux faire du bien avec mes compositions, je suis heureux. Pouvoir toucher les gens comme cela, c’est juste magique.

On vous surnomme la « pop star de l’islam », cela vous correspond-il ?

S.Y. : C’est flatteur et cela ouvre des portes, spécialement avec les médias, mais ce n’était pas mon but. Je n’aime pas être rangé dans une case. Je suis très reconnaissant de ce succès mais je ne l’ai pas cherché. J’aspire juste à faire de la musique avec mon coeur, à rester authentique et surtout à m’amuser. Il y a beaucoup de pression dans ce métier et il faut rester simple.

Qu’avez-vous ressenti lors du « Printemps arabe » ?

S.Y. : J’ai habité au Caire pendant quatre ans. J’ai suivi tout ce qui se passait très attentivement et je voulais y aller et ressentir toutes les émotions de cette révolution. Juste après la chute de Moubarak, un ami m’a dit : « Viens, on y va ! » et on a pris le premier avion. On est arrivé en pleine effervescence. Les médias voulaient m’interviewer mais j’ai refusé. J’étais là-bas en tant que citoyen, pour célébrer la révolution du peuple ; c’était leur moment. Je me suis rendu sur la place Tahrir, des gens célébraient la révolution et nettoyaient les rues. Lorsque je leur ai demandé pourquoi, ils m’ont répondu que c’était leur pays et que personne n’allait le faire à leur place. Cette fraternité, c’était vraiment cela l’esprit de la révolution. 

Vous avez composé une chanson « I’m your Hope », en hommage à ces révolutions...

S.Y. : C’est en hommage à cet esprit et à la jeunesse. Les jeunes étaient brimés dans ces pays et cela me brisait le coeur. Mais on le voit aussi en Europe. Il faut prendre soin de la jeunesse car la martyriser, c’est se martyriser soi-même. J’attends impatiemment mon concert au Caire, le 11 juin prochain, pour repartir à la rencontre de l’énergie dégagée par cette jeunesse qui a été le moteur de ces révolutions. 

Bio Express

Sami Yusuf est né en juillet 1980 à Téhéran dans une famille de musiciens d’origine azérie. Sa famille immigre à Londres en 1983 et s’installe dans le quartier périphérique d’Ealing. Proche de son père, Sami Yusuf développe très jeune une passion pour la musique et le chant. Il étudie la composition à la prestigieuse Royal Academy of Music de Londres.
Musicien de génie, il joue de neuf instruments différents, y compris le piano, le violon et des instruments traditionnels azéris comme le tombak et le tar azéri. Sa musique se veut un message d’amour et de paix, très empreint de sa religion : l’islam. 
Grâce à ses mélodies et à ses textes, il devient une star adulée au Proche- et au Moyen-Orient avec son deuxième album : My Ummah, sorti en 2005. Il chante en arabe, en  anglais, en turc et en perse, et touche ainsi un public très large.
En 2009, il compose une chanson qui deviendra le grand hit du Ramadan : « You Came to Me ». Ce titre assoit définitivement son aura auprès du public. La même année, la BBC le classe parmi les 30 Anglais les plus célèbres au monde.
Il revient en 2011 avec un nouvel album :  Spiritique.

Propos recueillis par Pauline Compan le Mercredi 1 Juin 2011

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