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Rachida Brakni « Enfant de la République, je n’ai pas oublié d’où je viens et qui je suis »



Pétillante, talentueuse et engagée, Rachida Brakni continue de défendre ses valeurs à travers le cinéma. Mais l’actrice est aussi passionnée de musique, elle prépare son deuxième album, cette fois totalement en langue arabe. Rencontre.


Rachida Brakni « Enfant de la République, je n’ai pas oublié d’où je viens et qui je suis »

Plus jeune, vous rêviez d’être avocate, vous avez d’ailleurs commencé le théâtre pour gagner en éloquence…

Rachida Brakni : Exactement, j’ai toujours eu une grande admiration pour Robert Badinter et pour son combat pour l’abolition de la peine de mort… À l’écouter encore aujourd’hui, j’en ai des frissons. Pour moi, un bon avocat devait avoir cette aisance à l’oral. Quand j’ai commencé le théâtre, je n’y connaissais rien. Quand j’ai découvert les auteurs tels Racine ou Shakespeare, j’ai compris qu’on pouvait parler du monde, de l’injustice, tout en étant actrice ; que ce serait plus jouissif que le métier d’avocate que je n’étais pas sûre d’assurer : j’aurai eu beaucoup trop d’empathie pour mes clients !

Vous êtes montée sur les planches de façon exigeante, vous êtes une ancienne pensionnaire de la Comédie-Française…

R. B. : Je voulais avant tout présenter le Conservatoire national qui est un concours assez difficile. Comme mes parents m’ont toujours soutenue dans mes choix, je ne voulais pas les décevoir. Ils n’avaient pas conscience de la précarité de la profession, donc je n’avais surtout pas envie de galérer. Je n’aurai pas supporté de courir après des plateaux de doublages ou de faire des animations à Disneyland ! J’ai donc décidé de poursuivre mes études à la faculté d’histoire, tout en préparant le Conservatoire. Une fois admise, tout s’est enchaîné très vite. Si j’avais échoué, j’aurais abandonné le théâtre...

C’est le théâtre qui vous a permis d’avoir un large choix de rôles au cinéma ?

R. B. : Oui, être à la Comédie-Française et jouer des classiques, c’est comme si tout d’un coup vous aviez un cerveau ! Cela m’a apporté une vraie légitimité. Je n’ai pas eu le problème des actrices d’origine maghrébine cantonnées à jouer des pauvres filles maltraitées par leur père… J’ai joué beaucoup de « Claire » ou de « Yaël » par exemple… Et dans le même temps, on m’a collé une image d’intello. Pourtant, je suis assez gaie dans la vie [rires] ! Dans Cheba Louisa, c’est la première fois que je me vois rire dans un film !

Quel point commun avez-vous avec le personnage de Djemila ?

R. B. : La question de l’identité et de la loyauté envers sa double culture, je l’ai réglée ; mais quand j’étais petite, en vacances en Algérie, j’ai écrit à mon professeur d’histoire de sixième, M. Noël, un homme formidable. Je lui ai expliqué que je ne savais pas trop qui j’étais, que j’avais le sentiment d’avoir « le cul entre deux chaises ». Il m’a répondu par une lettre magnifique que j’ai gardée : « C’est peut-être inconfortable, mais quelle chance ! » Et puis j’ai des parents formidables, qui m’ont toujours soutenue et que j’aime profondément.
 
Quand je racontais à une copine française de souche la difficulté de tomber amoureuse d’un non-musulman, elle m’a rétorqué : « Tu fais ta vie : tes parents n’ont qu’à se faire voir ! » Elle n’avait juste rien compris. Mes parents, je les aime, je ne veux pas les vexer ni leur faire du mal… S’ils n’avaient pas accepté mon couple (avec Éric Cantona, ndlr), je ne serais jamais allée au bout.

Le grand point commun avec Djemila, c’est votre amour de la musique… L’année dernière, vous avez sorti votre premier album !

R. B. : Oui et j’en prépare un deuxième avec, cette fois, davantage de paroles en arabe. Dans le premier album, seul le refrain de « Terre fatale » était en arabe. Une idée d’Éric, mon mari. Je n’étais pas convaincue, mais il a insisté. Puis, en concert, j’ai chanté des reprises en arabe, notamment de Cheikha Rimitti, dont je suis fan, et c’était une révélation ! J’ai eu un tel plaisir : je me suis libérée, et dans ma voix, et dans mon corps… Et Françoise ( Françoise Charpiat, la réalisatrice, ndlr) est arrivée à ce moment-là avec les rôles de Djemila et de Cheba Louisa qui chantent en arabe. C’était un signe ! Car, dans le film, je chante tout : j’ai travaillé la voix de la grand-mère avec le style des années 1950 mais aussi celle de Djemila.

« Terre fatale », justement, traite du retour aux sources. Quel lien avez-vous avec l’Algérie ?

R. B. : Je n’ai jamais eu de problème à exprimer le retour aux sources mais je l’ai fait à ce moment-là car j’en avais assez de cette ambiance nauséabonde en France. On nous demande de choisir comme si c’était une tare d’être d’origine étrangère. Comme je dis souvent, c’est comme si j’avais deux enfants et qu’on me demandait de choisir lequel je préfère des deux. Je suis une enfant de la République, mais je n’ai pas oublié d’où je viens et qui je suis. Nous avons présenté le film Cheba Louisa en Algérie et j’en suis très fière. La dernière fois que j’y suis allée c’était pour mes tenues traditionnelles de mariage ! Là-bas, mon mari est d’ailleurs très populaire ; souvent, on me disait : « Zidane, qu’il le garde ; on prend Éric ! » [Rires.]

Justement, votre époux, qu’on ne présente plus, travaille aussi beaucoup avec vous… Comment cela se passe quand on travaille avec son mari ?

R. B. : C’est super car il n’y a pas de complaisance, on se dit les choses. Et comme il y a suffisamment d’amour et d’intelligence, il n’y a pas de fierté ni d’orgueil mal placés. J’ai toujours considéré que l’amour rendait non pas aveugle mais, au contraire, extralucide. Que ce soit en amour, en amitié ou dans la famille, quand on aime les gens, on se doit d’être honnête. Et qui me connaît mieux que lui ?

Est-ce que vous partagez tous ses coups de gueule ?

R. B. : Comme moi, il est animé par un sentiment de justice très fort. Donc, oui, évidemment quand il s’engage pour la libération d’un footballeur palestinien enfermé de façon illégale, je le soutiens à 200 % ! Tout comme lui, je suis active auprès de la fondation Abbé Pierre sur le mal-logement. Mais, autrement, chacun a ses combats… De mon côté, j’ai travaillé des textes avec des enfants sans papiers via le Réseau éducation sans frontières (RESF).

En 2012, vous aviez déclaré voter François Hollande « sans convictions »… Quel est votre sentiment un an plus tard ?

R. B. : J’ai toujours été une femme de gauche. Je le serai toujours. Mais je ne me reconnais pas dans cette gauche-là. Il y a trop de sujets sur lesquels nous ne sommes pas au rendez-vous. Le pouvoir est en dehors des réalités, il y a toujours cette stigmatisation qui continue, avec le voile par exemple… J’ai eu aussi la naïveté de croire au droit de vote des étrangers.... Je dois vous avouer que moi qui ai toujours lu les journaux quotidiennement, je ne peux plus les voir… Je trouve que la politique est devenue une cour de récré, les débats ne sont pas au niveau, on est au ras des pâquerettes.

BIO EXPRESS

Née le 15 février 1977, à Paris, Rachida Brakni commence le théâtre au Studio-Théâtre d’Asnières-sur-Seine, puis intègre le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris. En 1997, alors pensionnaire de la Comédie-Française, elle joue dans Ruy Blas, ce qui lui vaut un Molière. Elle se lance ensuite dans le cinéma, sans toutefois jamais quitter la scène théâtrale. Avec le film Chaos, de Coline Serreau, elle décroche un César en 2002. C’est lors du tournage de l’Outremangeur, de Thierry Benisti, qu’elle rencontre l’ancien footballeur Éric Cantona, qu’elle épousera le 16 juin 2007. Le couple donne naissance à un petit Émir (« prince », en arabe).

Féministe engagée, elle pose seins nus pour le magazine Marie-Claire afin de sensibiliser les femmes à passer des mammographies dans le cadre de la lutte contre le cancer. Ayant plusieurs cordes à son arc, elle met en scène, en 2010, la pièce Face au paradis, de Nathalie Saugeon, au théâtre Marigny. En 2012, elle signe son premier album qui porte son nom, avec Cali pour la musique et son mari pour les textes. 

Très proche de sa famille, Rachida Brakni a une grande soeur Saliha du premier mariage de sa mère et est l’aînée de son frère Kader et de sa soeur Djemila. En 2013, elle incarne le rôle principal dans Cheba Louisa, de Françoise Charpiat, au cinéma, et dans Silence d’État, de Frédéric Berthe, à la télévision.

Propos recueillis par Mérième Alaoui le Lundi 10 Juin 2013

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