Connectez-vous S'inscrire

Nadir DENDOUNE: « Il faut croire en sa réussite »


Une date restera gravée à jamais dans la mémoire de Nadir Dendoune, c’était le 25 mai 2008. Il accomplit l’exploit de gravir l’Éverest, considéré comme le plus haut sommet du monde. Nadir n’en est pas à sa première action choc : il a notamment réalisé un tour du monde à vélo au départ de Sidney, été bouclier humain en Irak. Rencontre avec un aventurier pas comme les autres.


© D.R.
© D.R.

Journaliste, ancien délinquant, humaniste, aventurier, difficile de vous définir ! Vous le feriez comment, vous ?

Nadir Dendoune : Il serait prétentieux de ma part de vouloir me définir. Disons que je suis quelqu’un qui va au bout des choses. Je me pose moins de questions que la plupart des gens. Soit vous vivez votre vie, soit vous la rêvez. Moi, j’ai décidé de la vivre. J’ai vécu le mépris, parfois le rejet, parce que j’étais « un rebeu de banlieue ». J’ai même connu la prison, puis j’ai eu le déclic. Aujourd’hui, je ne m’interdis rien, pas de barrières. La preuve, j’ai voulu escalader le toit du monde, je l’ai fait !

Avant cela, vous partez pour un tour de l’Australie en VTT. Pourquoi ce pays et dans quel but ?

N. D. : Avec mon ami d’enfance Yannick, on voulait partir le plus loin possible de notre cité de l’Île-Saint-Denis. On a regardé sur une carte, c’était la Chine ou l’Australie ! En 1993, on a obtenu une bourse du ministère de la Jeunesse et des Sports et un soutien financier de notre ville. Avec l’aide de ma mère, on a organisé une couscous-party puis une paëlla-party, pour compléter notre budget. En foulant le sol australien, je me suis dit : « La vie est belle, les ennuis sont derrière moi. » Les gens étaient tellement agréables, souriants, même les policiers ! Au début, j’étais tellement coincé dans mes habitudes françaises, et donc  dans ma paranoïa, que je me disais : « C’est louche ! » Mais non,dans ce pays, on donne vraiment sa chance à tout le monde.

Paradoxalement, vous expliquez dans votre livre, Lettre ouverte à un fils d’immigré, ne vous être jamais senti aussi Français que lors de votre séjour en Australie !

N. D. : Quand je suis arrivé à Sydney, avec mon accent français à couper au couteau, on m’a catalogué comme le petit Français. Les femmes me faisaient les  yeux doux. Pour elles, la France, c’était exotique. J’ai trouvé très facilement un appart et un boulot, tout était facile.

Tellement séduit par le pays que vous demandez la nationalité australienne ?

N. D. : En France, un « bougnoule », ça reste encore un « bougnoule ». Je ne me sentais pas Français dans le pays qui m’a vu naître. C’est pour cela que j’ai demandé et obtenu la nationalité australienne en 2001. J’ai trois passeports maintenant : algérien, français, australien. Quand je me fais contrôler en France,  j’aime bien sortir l’australien [rires].

Puis, en 2003, on vous retrouve en Irak ?

N. D. : Je vois bien où vous voulez en venir [rires]. Je vous arrête tout de suite, j’y étais comme bouclier humain. J’étais très opposé à cette guerre, je savais qu’une fois de plus ce serait les civils qui en pâtiraient le plus. J’ai tenu un livre de bord, qui est devenu un ouvrage Journal de guerre d’un pacifiste, dans lequel je  raconte cette aventure humaine assez spéciale.

Pourquoi avoir choisi de gravir l’Éverest ?

N. D. : Parce que je voulais aller là où la plupart des gens ne nous attendent pas, un rebeu du 93 sur le toit du monde, ça a de la gueule, non ? Et puis, c’était pour  pousser encore plus loin les limites. Toujours plus haut, toujours plus fort, aucune barrière, montrer à tous qu’on est autant capable que les autres d’aller au bout de ses rêves. 

Vous vouliez prouver quelque chose ?

N. D. : Cela faisait cinq ans que je ne pensais qu’à ca. Si vous voulez arriver au sommet, il faut que ce soit une obsession, sinon c’est perdu d’avance. Dans mon groupe, nous étions au départ quatorze, la moitié n’est pas arrivé au sommet. Ce qui m’a fait tenir bon, c’était de me dire : « Je vais leur clouer le bec à ces types qui me jaugent depuis le départ. »

Cette expérience a-t-elle changé votre vision de la vie ?

N. D. : Certainement. Je crois avoir bouclé une boucle ! Je me suis rendu compte que l’Éverest comme auparavant le tour du monde à vélo sont des plaisirs à court terme, et que je pourrais demain aller sur la Lune, que cela ne me rendrait pas plus heureux que ça. Aujourd’hui, j’ai envie d’autres choses, de plaisirs plus simples.

Pourquoi avoir choisi d’écrire un nouvel ouvrage : pour y raconter votre expérience ? susciter des vocations d’alpinistes ?

N. D. : Un peu des deux. Il m’est arrivé lors de ce voyage des choses assez extraordinaires. Sans aucune expérience en montagne et ayant falsifié mon CV, j’ai vécu le calvaire. Je ne me plains pas, c’était même, à certains égards, irresponsable de ma part. Écrire n’est pas à proprement parler pour susciter des vocations d’alpinistes. À travers mon récit, où je mets en relation ma propre ascension sociale avec mon ascension de l’Éverest, j’espère faire prendre conscience aux jeunes des quartiers – et d’ailleurs, à ceux qui doutent – que beaucoup de choses sont possibles, qu’on est plus fort que ce que l’on pense. Surtout, il faut arrêter avec le discours fataliste : dans les quartiers, nous ne sommes pas des victimes, au contraire, il y a énormément de guerriers. À nous d’aller de l’avant, sans attendre qu’on vienne nous sortir de notre merde !

Y a-t-il eu des réactions à la suite de votre lettre ouverte à Nicolas Sarkozy, alors candidat ? Sarkozy élu président, vous n’avez pas craint des représailles ?

N. D. : Il y en a eu, mais c’est anecdotique. Je suis journaliste et ce statut social protège assez bien. Peur des représailles ? Si on a peur, on ne fait plus rien. Et puis, j’aime assez ce proverbe kabyle : « Il vaut mieux rompre que plier. » Certaines choses ne sont pas négociables chez moi. Je ferai en sorte de ne jamais vendre mon âme.

Comment assumez-vous votre notoriété grandissante ?

N. D. : Vous savez, cela fait dix ans que je me lance dans des aventures et que la presse relaie mon parcours, même s’il est vrai qu’avec la double page dans Libération et le passage sur TF1 dans « Sept à huit » je suis passé à un autre niveau ! Je vis toujours dans la même cité où j’ai grandi, ma vie n’a pas plus changé que ça : j’ai toujours les mêmes amis, je fréquente toujours les mêmes endroits. Et puis je rappelle que je ne sauve pas de vies, donc il n’y a aucune  raison que j’attrape la grosse tête !

Bio Express

Né en France, de parents algériens, Nadir Dendoune, 37 ans, est originaire de l’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). En 1993, il s’envole pour l’Australie afin d’y accomplir, en compagnie de son ami Yannick, un raid à vélo de 3 000 kilomètres. Séduit par l’accueil chaleureux de ses habitants, Nadir s’installe à Sydney et obtient la nationalité australienne. Il est tour à tour professeur de sport, chauffeur de bus, cuisinier.
En septembre 2001, il décide d’enfourcher à nouveau son vélo pour un tour du monde au profit de la lutte contre le sida. Rattrapé par la politique française, il  regagne précipitamment la France en avril 2002 pour voter contre le Front national au second tour de l’élection présidentielle. En mars 2003, il s’envole pour Bagdad en tant que bouclier humain.
En septembre 2004, lauréat de la bourse Julien-Prunet, il intègre le prestigieux Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris. Il est l’auteur de Journal de  guerre d’un pacifiste (2005), dans lequel il raconte son expérience en Irak, et de Lettre ouverte à un fils d’immigré (2007).
Aujourd’hui, Nadir Dendoune est journaliste reporter d’images et collabore notamment à France 3 et M6. Il prépare son troisième ouvrage, à paraître en mars 2010, aux éditions JC Lattès.
 

Propos recueillis par Nadia Hatroubi-Safsaf le Lundi 3 Août 2009

Edito | Tête d'affiche | Une Ville, une mosquée | Beauté | Business | Sport | De vous à nous