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Michel Lonsdale : « Je me suis rapproché de Dieu grâce à l’islam »


À l’affiche du film d’Ismaël Ferroukhi, Les Hommes libres, Michael Lonsdale interprète le rôle du recteur de la Grande Mosquée de Paris. L’histoire vraie d’un musulman qui sauva des juifs des griffes des nazis. Un homme de foi, que l’acteuraffectionne tout particulièrement.


© D.R.
© D.R.

Après Des hommes et des dieux, où vous incarniez un des moines de Tibhirine, vous voilà donc dans la peau d’un recteur musulman : les hommes de foi vous inspirent ?

Michael Lonsdale : Oui, c’est vrai que ces derniers temps j’ai incarné de nombreuses fois des personnages religieux. J’aime beaucoup. Mais si le recteur était un musulman pratiquant, il n’en était pas pour autant imam. Si Kaddour Ben Ghabrit était un homme bon. Il a beaucoup oeuvré pour les musulmans et les juifs. Quand sa nomination à la mosquée a été annoncée, c’était la fête.

Vous avez réussi à incarner une personnalité musulmane sans jamais prononcer un mot en arabe, ni faire de prières… Comment avez-vous préparé ce rôle ?

M.L. : C’était surtout une demande du scénario. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est que ma famille connaissait bien le recteur de la Grande Mosquée, cet Algérien protégé ensuite par le sultan du Maroc. Il était très actif, il a été par exemple interprète pendant de longues années. Il organisait de nombreuses réceptions où il y avait peu de femmes... Mais celles de ma famille étaient admises car elles le connaissaient bien... J’ai même retrouvé de vieilles photos de ma tante à la Mosquée de Paris !

Après Indigènes, de Rachid Bouchareb, ce film a l’ambition de révéler un pan méconnu et valorisant de l’Histoire de ces musulmans…

M.L. : Oui, c’est important de révéler au monde des personnes qui se sont opposées au régime nazi. Autre exemple, le roi du protectorat du Maroc. Vichy lui avait ordonné d’imposer aux juifs marocains de porter l’étoile jaune. Il a réponduque, dans ce cas-là, il serait le premier à porter cette étoile. Il a donc refusé et n’a jamais voulu livrer les juifs de son territoire. De nombreux juifs avaient trouvé refuge au Maroc. 

Ce film raconte le rapprochement des musulmans et des juifs, quel constat établissez-vous sur le rapprochement des religions aujourd’hui ?

M.L. : Il est difficile mais il est tout à fait nécessaire. Si on est croyant, il faut comprendre qu’il n’y a pas 36 000 dieux ! On prie le même Dieu, mais simplement de façon différente. C’est le même amour. Ces rapprochements existent et il est important de le prouver grâce à ce genre de film. Musulmans et juifs vivent ensemble depuis des siècles. Il faut le dire !

Le film se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, quels souvenirs en gardez-vous ?

M.L. : J’étais enfant... Mon père avait trouvé un emploi au Maroc et nous avons pris le bateau en 1939. Les rumeurs de guerre se répandaient déjà et je me rappelle que nous nous étions procuré des masques à gaz. Nous sommes arrivés en août. La guerre a éclaté en septembre. Ma famille et moi étions donc en sécurité au  Maroc, car le pays n’a jamais été bombardé. Mais nous avons tout suivi grâce à la radio anglaise. Le souvenir le plus douloureux est celui de l’arrestation de mon père… Heureusement, il a été libéré par la suite.

Justement, vous avez passé toute votre adolescence au Maroc, vous y êtes retourné pour le tournage… Quel rapport avez-vous gardé avec le pays

M.L. : Nous avions tourné à Rabat et à Ifrane pour Des hommes et des dieux [de Xavier Beauvois, ndlr]. J’y suis retourné avec une grande émotion... J’ai aujourd’hui  assez peu de relations avec le Maroc, mais j’ai gardé quelques bons amis marocains. Ce pays m’inspire toutes les joies de ma jeunesse et les jeux que nous  partagions avec mes petits copains arabes. C’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai une grande tendresse pour les Maghrébins. 

La religion tient une place importante dans votre vie… Vous participez au mouvement pour le Renouveau charismatique ?

M.L. : C’est une aventure qui est née dans les universités américaines dans les années 1975... C’est une chance pour l’Église. C’est un mouvement qui prône le renouveau fondé sur l’Esprit saint. Son message est simple : nous devons concrétiser le partage, la solidarité, la paix. Nous prenons en considération les gens malades, les personnes seules… Tous les étés, je me rends là-bas pour un grand rassemblement. Il y a des familles, des jeunes ; on chante, on prie… On assiste à des choses merveilleuses ! Rien à voir avec l’ambiance de certaines paroisses où, parfois, on ne dit même pas bonjour… 

C’est grâce à un musulman que votre cheminement a commencé... ?

M.L. : Tout à fait ! À la maison, nous ne parlions jamais de religion… Un jour, au Maroc, j’ai rencontré un antiquaire de Fès qui m’a parlé de l’islam. Puis je me suis mis à l’écouter souvent, il parlait si bien d’Allah ! Cela m’a donné envie de me rapprocher de Dieu. Puis, très vite, nous avons quitté le Maroc pour la France et je suis devenu catholique pratiquant.

Cinéma, téléfilms, théâtre, mise en scène… et même peinture. Vous avez une carrière impressionnante… Qu’est-ce qui anime un si riche parcours ?

M.L. : Oh, il paraît, oui..! [Rires.] Il faut dire que cela fait soixante ans que je suis dans le métier. J’ai toujours voulu être acteur. J’ai tout fait pour le devenir, même si ce n’était pas facile au début. C’était mon projet de vie. Je suis très content de participer, même un peu, à la création artistique de notre époque. Je n’ai pas de préférence entre le théâtre et le cinéma. Pour moi, il n’y a pas de grandes différences entre ces deux arts. Au théâtre, il faut parler plus fort, le public nous voit toujours de la tête aux pieds. Au cinéma, c’est plus intime, on peut scruter nos visages grâce à l’emploi des plans rapprochés et des gros plans...

Quelles sont vos prochains projets ?

M.L. : Je vais tourner avec Manoel de Oliveira, un mélodrame des années 1970, une histoire très triste qui se déroule au Portugal. Au théâtre, je serai sur les planches dès le 20 septembre pour Le Chant des frênes, un texte de l’auteur russe Ivan Tourguéniev.

Vous êtes riche d’une longue carrière et en même temps d’une longue expérience de la vie. Quel regard portez-vous sur notre siècle ?

M.L. : Les êtres humains ne parviennent décidément pas à s’entendre. Les guerres sont trop nombreuses. C’est dans la nature humaine, il n’y a rien à faire... Cela n’a jamais changé depuis que le monde est monde, depuis la Grèce antique... Et voilà… [Soupir.] C’est lamentable, triste. Autrefois, il y avait de grands bataillons, comme avec Napoléon ; aujourd’hui, ce sont des groupes organisés qui tuent les civils... Mais, heureusement, nous gardons espoir ! Il faut penser à tout ce qui  est positif. Pour ne pas croire que la vie est un cauchemar.

Bio Express

Fervent catholique, Michael Lonsdale est né à Paris, en 1931. Il vit à Londres avec sa mère française, catholique, et son père anglais, protestant non pratiquant. En 1939, la famille émigre au Maroc où Michael Lonsdale animera plus tard des émissions enfantines sur Radio-Maroc. En 1947, c’est en France qu’il découvre le théâtre. Dans sa riche carrière, il a aussi bien joué pour des metteurs en scène comme Orson Welles, François Truffaut, Joseph Losey que joué au théâtre des textes contemporains comme Dürrenmatt, Beckett, Duras... Et il a été à l’affiche de films grand public, dont un James Bond, Moonraker en 1979, dans le rôle du méchant, ou la comédie Ma vie est un enfer, de Josiane Balasko, mais il a aussi joué dans des téléfilms. Le personnage de Luc, moine médecin de la com-munauté de Tibhirine, dans Des Hommes et des Dieux lui a valu le César du meilleur second rôle. Michael Lonsdale a également mis en scène lui-même de nombreux textes, dont Marie Madeleine, des frères Martineau, Soeur Emmanuelle, en 2010, à la suite d’autres spectacles sur Thérèse de Lisieux et François d’Assise. 


Propos recueillis par Mérième Alaoui le Jeudi 1 Septembre 2011

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