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Les vies de Noah



C’était il y a (déjà) 30 ans. Le 5 juin 1983, Yannick Noah remporte Roland-Garros face au Suédois Wilander. Il devient le premier Français vainqueur de ce tournoi depuis 37 ans. Trente ans après, aucun représentant français ne l’a remporté. Mais Yannick Noah, c’est plus qu’un joueur de tennis…


ENGAGEMENT. Les images sont passées en boucle : le retour de service de Wilander est dehors. Yannick Noah s’agenouille sur la terre battue de Roland-Garros, et se tourne vers son père, le Camerounais Zacharie, et sa mère, l’Ardennaise Marie-Claire. Bien avant Zidane et sa bande en 1998, vainqueurs de la Coupe du monde, c’est le triomphe d’une France métissée dans un sport réservé à une élite, à une époque où des revendications comme la « marche des Beurs » déferlent sur l’Hexagone.
 
Tête de série numéro 6, Noah n’est pas attendu à pareille fête du côté de la porte d’Auteuil. Pour cette 53e édition du tournoi, Noah a tout juste 23 ans. Il est un joueur en pleine progression, un très bon outsider. Et pourtant, il ira au bout dans une quinzaine de folies, où il renversera des joueurs comme le Tchèque Ivan Lendl, en se permettant le luxe de lui coller un humiliant 6-0 au quatrième et dernier set d’un quart de finale épique. À la sortie de ce tournoi, le Français cherche son souffle, puis ses mots dans son discours tant il est ému. C’est après sa carrière, avec du recul, qu’il aura ces mots retranscrits dans l’ouvrage Noah, un tennisman : « Tout le travail que j’ai abattu en 1983 pour gagner Roland-Garros, je ne l’avais jamais fait avant, et je ne l’ai plus jamais refait après. »

Personnalité préférée des Français

Après les terrains de tennis, là où beaucoup de sportifs ont dû mal à gérer leur après-carrière, lui rebondit aussi haut qu’une balle de tennis, et devient une icône. Reconverti dans la chanson dès 1991 – avec un succès qu’il croyait anecdotique, Saga Africa –, l’année où il a remporté la première victoire en Coupe Davis (depuis l’épopée des Mousquetaires) pour la France, à Lyon, en tant que capitaine, cela fait plus de 20 ans que le champion sillonne avec son groupe les routes de France en bus ; avec un pic, le 25 septembre 2010, où 80 000 personnes se réunissent pour l’écouter au Stade de France.

Personnalité préférée des Français selon un sondage paraissant régulièrement dans le Journal du dimanche, Noah a toujours clairement affiché ses opinions politiques de gauche. Soutien de Ségolène Royal lors de l’élection présidentielle en 2007, adversaire déclaré de Nicolas Sarkozy, il remet une couche en 2012 en se prononçant en faveur de François Hollande. 

Soutien politique et mobilisation citoyenne


Derrière cet engagement politique, son dévouement associatif a été toujours un véritable sacerdoce. Toujours impliqué dans l’association de sa mère Marie-Claire, récemment décédée, les Enfants de la Terre, le Franco-Camerounais l’est encore plus activement dans l’association Fête le mur, dont le but est de créer des courts de tennis (et tous les outils pédagogiques et matériels nécessaires à sa pratique) dans les zones urbaines sensibles. Grâce à une équipe d’enseignants bénévoles, 25 sites fonctionnent à ce jour, touchant plus de 3 000 enfants. C’est aussi ça, Yannick Noah !

Les vies de Noah

Quand Zidane et Noah se sont renvoyé la balle !

TAC AU TAC.
Pas la langue dans sa poche, Yannick Noah avait été déçu par le soutien tarifé de Zinedine Zidane à la candidature du Qatar à l’organisation du Mondial 2022. Yannick Noah avait estimé que ce soutien à la pétromonarchie « pue du cul ».

Copain au sein de la grande confrérie des Enfoirés, l’ancien numéro des Bleus avait répliqué dans les colonnes de L’Équipe au jugement de valeur du tennisman : « Je lui ai donné mon sentiment. Je pense qu’il n’avait pas à dire cela – et il l’a reconnu d’ailleurs – et voilà ! Encore une fois, on peut dire : “C’est bien”, “C’est pas bien”, chacun est libre de penser ce qu’il veut, mais vous n’avez pas le droit d’insulter qui que ce soit. Moi, je préfère dire ce que je pense aux gens concernés, ce que je ressens, plutôt que de faire ça à travers les journaux. C’est comme ceux qui ont une tribune et se cachent derrière pour passer des messages. Quand quelqu’un n’est pas d’accord avec ce que je fais, qu’il me passe un coup de fil et qu’il me dise les choses, et là on pourra en discuter. Mais là, balancer comme ça… »

Par Nabil Djellit le Lundi 10 Juin 2013


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Edito

L’arroseur arrosé !

Mohammed Colin - 28/06/2022
Dans ce numéro estival, nous abordons deux sujets d’importance qui n’ont strictement rien à voir l’un et l’autre : l’audiovisuel et le pèlerinage à La Mecque. Deux secteurs si éloignés, si différents, mais confrontés à la même problématique, celle de la transformation numérique de nos sociétés. Par le passé, la filière du pèlerinage était structurée par des intermédiaires. Dans l’organisation du hajj, les voyagistes captaient jusque-là la valeur, non sans défaillances pour certains sur la qualité et les engagements dus aux pèlerins. Saphirnews.com fut dès 2004 le premier site d’information à alerter sur ces dysfonctionnements. Des organisations se sont alors créées, œuvrant à éduquer les pèlerins sur leurs droits et les voyagistes sur leurs devoirs. Depuis peu, l’Arabie Saoudite a lancé sa plateforme numérique pour se lier directement aux pèlerins, suscitant de terribles inquiétudes chez les voyagistes, exclus de fait de la chaine de valeur. Ils n’ont pas manqué de se plaindre au nom des intérêts du pèlerin. Le plus comique, c’est que les griefs formulés sont les mêmes que ceux exprimés par les pèlerins à leur encontre en 2004. Dans le milieu du cinéma, le schéma est identique. Les plateformes de streaming, devenus aussi producteurs, ont accès directement au public et sont en mesure de se passer des exploitants de cinéma. Maintenant en position de faiblesse, ces derniers larmoient à leur tour sur le danger de la suprématie des « affreuses » plateformes avec, pour risque principal selon eux, de porter atteinte à la diversité du cinéma alors qu’eux-mêmes bloquaient la production de certains films pour éviter les publics ne consommant ni sodas ni pop-corn, dixit « les têtes à capuche ». Les séries type Lupin de Netflix et Oussekine de Disney+ nous démontrent l’inverse. Ceux qui ont largement profité des situations de rente auraient pu investir en créant des écosystèmes vertueux. Finalement, dans le business comme dans la foi, il y a divers degrés d’élévation. Il faut croire que celui qui domine chez les intermédiaires, c’est celui de la « foi du commerçant ». L’étage le plus bas.