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Salamnews

Les mosquées sur le tapis !



On se retrouve régulièrement face à face avec lui, accessoire indispensable mais pourtant si méconnu de notre prière…Petit tour d’horizon du ras du sol de nos mosquées.


© Lahcène Abib
© Lahcène Abib
Volant dans les Mille et Une Nuits, le tapis est un objet incontournable de la culture orientale, tellement commun qu’il paraît avoir toujours été là.

 Il semble avoir été inventé par des nomades afin de se protéger de l’humidité du sol au gré des campements. Plus pratique que la peau de bête, et plus confortable ! Ils le nouaient à la main, à raison de plusieurs izaines de milliers de noeuds au m2 pour du fil de laine, et un million pour du fil de soie. Naturellement, il trouve vite sa place – sous nos genoux – lorsque apparaît l’islam, pour accompagner la prière. 

Le métier à tisser aidant, il s’étale sur tous les sols de mosquées du monde, avant d’être concurrencé par la moquette, apparue au XXe siècle. Si bien que nos tapis de prière, au moins dans les mosquées de France, sont aujourd’hui plutôt des moquettes de prière.
 
Souvent, ces moquettes portent des lignes pour que l’on puisse bien se placer, ou des motifs d’arcade qui recréent un espace personnel, tel un tapis  individuel. Dominique Gremier, directeur d’Ege, un des fabricants du secteur, explique compter « environ 60 centimètres de large sur 1,30 mètre par personne ». Pour Zoubir Salhi, responsable des services généraux du bâtiment de la Grande Mosquée de Paris, c’est un véritable avantage. « Avant, avec les tapis classiques, les prieurs n’étaient pas toujours bien alignés, et on perdait de la place. Avec la moquette à arcades, on utilise l’espace de manière optimale. » Un argument de poids pour les mosquées bondées le vendredi, encore nombreuses en France…

Les vertus d’une bonne moquette de mosquée

Pour ces raisons, des dessins génériques existent : on retrouve ainsi le même à Saint-Ouen et à Mantes-la-Jolie. Moyennant « 10 à 15 % du prix en plus », selon Dominique Gremier, les mosquées qui le souhaitent peuvent même fabriquer leur propre dessin.

Mais l’esthétique ne fait pas tout ! Puisqu’une mosquée est un établissement recevant du public (ERP), sa moquette doit respecter certaines normes de sécurité, et notamment résister au feu. Et pour le confort des prieurs réguliers, il est conseillé de la prendre plutôt épaisse (1 cm), et bien résistante.

« Avec une densité de 1 500 g/m2, la nôtre est garantie pour 40 000 passages par semaine », se réjouit Abdelghani Bentrari, le président de l’Union des musulmans de Tremblay-en-France, dont la mosquée a ouvert en avril [lire Salamnews n° 16]. « Quand on bâtit une mosquée toute neuve, c’est dommage de rater le choix de la moquette. » Alors il a misé sur la qualité. Il l’a choisie en laine, ce qu’il y a de plus cher (compter 40 euros le m2), mais aussi de plus confortable. « C’est le matériau qui a la meilleure résilience, c’est-à-dire la meilleure capacité à retrouver sa forme initiale, et qui assure la meilleure isolation thermique », argumente Georges Cholleton, un fabricant de moquettes en laine tissées sur mesure.

Les plus petits budgets, eux, devront se rabattre sur des matières synthétiques (polyamide), à raison d’environ 20 euros le m2. Personne n’a envie de prier sur des odeurs de pied ou des restes de couscous : l’entretien de la moquette dans une mosquée est donc primordial. Pourtant, il continue d’être assuré par des bénévoles, même quand il s’agit de surfaces importantes. En général, ils – mais plus souvent elles – aspirent toutes les semaines. Puis chaque procédé a ses adeptes : le shampooing tous les trimestres, « plus moderne » ; la vapeur une fois par an, « traditionnel, plus sûr » ; le nettoyage à sec, « plus respectueux de la fibre »...

Pendant le Ramadan, le synthétique est de sortie
 
À l’occasion du Ramadan, mois sacré de prière et de jeûne, un nouvel afflux de fidèles se presse dans les mosquées. Si les édifices récents peuvent les accueillir sans trop de problèmes dans les classes ou les lieux de conférences, les petites salles de prière de quartier, elles, sont souvent submergées.

À la mosquée Addawa, dans le XIXe, à Paris, en attendant la construction des nouveaux et spacieux bâtiments, on étale alors de grandes nattes synthétiques dans la cour. Recouvertes de tapis classiques, elles évitent qu’ils soient mouillés. Même technique au centre Tawhid de Saint-Denis. « Les retardataires qui n’ont même plus de place sur le tapis synthétique se débrouillent comme ils le peuvent. J’en ai déjà vu prier sur leur veste ou sur un carton plié à la va-vite ! », raconte l’imam Fayçal Abidi.

À Paris, il y a quelques années, un étudiant en design graphique, Jonathan Jeffrey Aomar, faisait le même constat. En  septembre 2008, il lançait Salmane, un tapis de prière imperméable de poche, vendu avec succès dans de nombreuses mosquées au prix de 5 euros. 
 
Avec 150 constructions de mosquées par an en France, selon Mohammed Moussaoui, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), espérons que chaque musulman puisse bientôt prier dans de bonnes conditions… Avec un bon morceau de moquette à ses pieds et sous le front ! 

Repères
• 300 m2 : c’est la demande moyenne de surface à recouvrir de moquette dans les mosquées actuellement.
• 10 ans : c’est la durée de vie moyenne d’une moquette de mosquée.

© D.R.
© D.R.
Questions à  Eric Delpont *

Depuis quand y a-t-il des tapis dans les mosquées ?
E. D. : On ne le sait pas vraiment, mais les plus anciens fragments de tapis sont datés du XIIe-XIIIe siècle. Ils ont été retrouvés en Anatolie, sous d’autres tapis, 
dans une ancienne mosquée. Visiblement, c’était non pas des tapis de prière individuels, mais un seul grand morceau, où l’on pouvait prier à plusieurs grâce au dessin de niche qui délimitait l’emplacement de chacun.

Sur quoi priaient le Prophète et ses compagnons ?
E. D. : La pratique de la prière suppose qu’ils étalaient bien quelque chose sur le sol. On pense qu’il s’agissait d’une natte en fibre de palmier tressée, l’ancêtre du tapis en quelque sorte.

Qu’est-ce qui caractérise un tapis de prière depuis ses origines ?
E. D. : Contrairement aux riches tapis de cour, synonymes de pouvoir, où des personnages étaient parfois représentés, les tapis de prière ont toujours été plutôt sobres, avec des motifs forcément géométriques, puisque l’islam interdit la représentation du vivant dans les espaces religieux. 

* Éric Delpont est chargé de collection et d'expositions à l’Institut du monde arabe (IMA).


Gwénola de Coutard le Mercredi 1 Septembre 2010


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Stop à la confusion

Mohammed Colin - 28/10/2019
Trente années de débats sur la laïcité qui semblent jamais n’en finir. Tel le serpent de mer, le voile alimente très régulièrement les débats dans les colonnes de nos journaux, sur nos écrans de télévision et nos dîners en ville. Pourtant, l’architecture de la laïcité repose sur deux principes simples rappelés très justement par le Premier ministre Edouard Philippe : « la liberté de croire ou de ne pas croire » et « la neutralité absolue des pouvoirs publics s’agissant de faits religieux ». Le reste ne serait que nuances d’interprétation et elles ont parfois tendance à faire dire tout et son contraire aux fameux principes cités plus haut. Ceux et celles qui, aujourd’hui, font valoir de nouvelles lois d’interdiction des signes religieux établissent délibérément des confusions sur le principe de séparation des Eglises et de l’Etat inscrit dans notre Constitution. Raison pour laquelle il est nécessaire de marteler que la laïcité est avant tout un principe de liberté, du culte et de la conscience pour chaque citoyen. Confondre l’Etat et ses fonctionnaires avec la société et les usagers des services publics, ce n’est plus possible. Ces confusions instrumentalisées à des fins politiques désignent le mouton noir : une femme (encore une femme) qui, en portant un voile, refuserait les règles du jeu commun. Faux si nous nous contentons de la simple lecture des deux principes. L’Etat autorise une maman voilée à accompagner ses enfants lors d’une sortie de classe, comme le stipule un arrêt du Conseil d’Etat en 2013. Le plus grave, c’est que ces confusions, qui entrainent de sempiternelles polémiques, produisent de la toxicité au sein de notre tissu social en dressant les gens les uns contre les autres et, au final, renforcent les éléments les plus archaïques au sein de notre société, c’est-à-dire les agents du communautarisme de tout bord, qu’ils soient d’extrême droite ou issus du rang des musulmans identitaires. Totalement contre-productif.