Connectez-vous S'inscrire
Salamnews

Le sport, ascenseur salarial



Des salaires astronomiques, une machine à fric : pendant que les Français se serrent la ceinture, le sport business tourne à plein à régime. Explications.


© Dan Rowley / colorsport / SIPA
© Dan Rowley / colorsport / SIPA

INFLATION

Dans nos sociétés, le montant des salaires des sportifs professionnels est de plus en plus élevé. Pour expliquer cette évolution, deux arguments sont généralement avancés : celui de la brièveté de la carrière et celui des « compétences rares ». Des sommes qui peuvent paraître indécentes au commun des mortels et surtout en temps de crise, mais qui se justifient par l’intensité émotionnelle que provoquent les sportifs de haut niveau.

Les champions sont des fournisseurs officiels de rêve et cela n’a pas de prix. Au-delà de leur extravagance, si les chiffres choquent, c’est parce que dans nos sociétés les salaires jouent un triple rôle : ils participent à la satisfaction des besoins, ils permettent de situer leur détenteur dans l’échelle sociale, et ils transmettent un signal aux autres. Des salaires qui peuvent même animer la défiance de certains. Plus prompt à dénoncer l’inflation des émoluments des sportifs alors que les parachutes dorés des grands patrons du CAC 40 bénéficient d’une haute bienveillance, il y a un an et demi de cela Nicolas Sarkozy avait animé le débat, se fendant d’une attaque ciblée : « Je suis choqué par les salaires mirobolants de certains footballeurs et de certains sportifs. » Et comment ne pas souligner l’absence de femmes dans le top 20 des sportifs les plus payés de la planète ?

Bling-bling versus générosité

Que faire de cet argent ? Si le bling-bling l’emporte souvent dans les comportements ou les investissements financiers, certains sportifs conservent un comportement éthique.

L’international franco-malien Cédric Kanté, lui, n’a pas oublié d’où il venait : « J’ai envie d’investir 10 000 ou 20 000 € à chaque fois dans des boîtes issues de la banlieue. J’y vois une opportunité et un acte solidaire. » D’autres investissent dans leur foi… En 2007, le geste du footballeur franco-malien Frédéric Kanouté est resté célèbre. Alors que le bail de la mosquée de Séville devait être mis en vente, le joueur a débloqué une enveloppe de 500 000 dollars (un an de salaire) pour acheter la mosquée de la ville et la mettre à disposition des croyants de la capitale andalouse.

Plus près de nous, la communauté musulmane du nord de la France a également eu son mécène sportif. Inauguré le 1er août 2011, la nouvelle mosquée de Villeneuve-d’Ascq a profité de la générosité du footballeur franco-sénégalais Moussa Sow : on parle d’un don en dizaine de milliers d’euros…

TRICOLORE

Les jambes de Thierry Henry, 34 ans, tournent moins vite, d’où l’idée pour le Français de traverser l’Atlantique. Sous contrat avec le club américain des New York Red Bull, et même s’il vient de faire une pige de deux mois avec Arsenal, l’attaquant ne connaît pas de baisse de régime au niveau de ses émoluments.
 
En passant de Barcelone à New York, le meilleur attaquant français de l’histoire a maintenu son revenu grâce à un copieux salaire américain (5,6 M$, soit 4,2 M€). La pub lui apporte le reste, bien que son contrat mondial (au moins 5 M€) avec Gillette se soit terminé fin 2010. Il s’est d’ailleurs laissé pousser la barbe depuis… 
Malgré le désastre du Mondial français en Afrique du Sud, certains annonceurs ont continué à lui faire confiance. Du fait de sa belle cote sur le marché britannique, Renault UK a récemment lancé un spot dans lequel Henry croise la stripteaseuse Dita von Teese, icône de la mode. 

Sur le podium des tricolores, on trouve, juste derrière le champion du monde 1998, son pote le basketteur Tony Parker avec 12,2 M€, suivi de Karim Benzema, qui flirte avec la barre des 10 M€.

LE TOP

1. Manny Pacquiao (boxe, Philippines) et Alex Rodriguez (baseball, États-Unis) : 32 millions de dollars par an.
3. Kimi Raikkonen (rallye, Finlande) : 26,33 M$.
4. Fernando Alonso (Formule 1, Espagne) : 22,73 M$.
5. Johan Santana (baseball, Venezuela) : 21,64 M$.
6. Valentino Rossi (moto, Italie) : 20,80 M$.
7. Cristiano Ronaldo (football, Portugal) : 19,50 M$.
8. Carlos Beltrán (baseball, Porto Rico) : 19,33 M$.
9. Carlos Tevez (football, Argentine), Alfonso Soriano (baseball, République dominicaine), Carlos Lee (baseball, Panama) : 19 M$.
 
Source : ESPN Magazine.

Nabil Djellit le Lundi 6 Février 2012


Dans la même rubrique :
< >

Lundi 15 Juillet 2013 - 10:56 Samir Khiat : « Le mercato est un jeu »

Edito | Tête d'affiche | Une Ville, une mosquée | Beauté | Business | Sport | De vous à nous





Edito

L’arroseur arrosé !

Mohammed Colin - 28/06/2022
Dans ce numéro estival, nous abordons deux sujets d’importance qui n’ont strictement rien à voir l’un et l’autre : l’audiovisuel et le pèlerinage à La Mecque. Deux secteurs si éloignés, si différents, mais confrontés à la même problématique, celle de la transformation numérique de nos sociétés. Par le passé, la filière du pèlerinage était structurée par des intermédiaires. Dans l’organisation du hajj, les voyagistes captaient jusque-là la valeur, non sans défaillances pour certains sur la qualité et les engagements dus aux pèlerins. Saphirnews.com fut dès 2004 le premier site d’information à alerter sur ces dysfonctionnements. Des organisations se sont alors créées, œuvrant à éduquer les pèlerins sur leurs droits et les voyagistes sur leurs devoirs. Depuis peu, l’Arabie Saoudite a lancé sa plateforme numérique pour se lier directement aux pèlerins, suscitant de terribles inquiétudes chez les voyagistes, exclus de fait de la chaine de valeur. Ils n’ont pas manqué de se plaindre au nom des intérêts du pèlerin. Le plus comique, c’est que les griefs formulés sont les mêmes que ceux exprimés par les pèlerins à leur encontre en 2004. Dans le milieu du cinéma, le schéma est identique. Les plateformes de streaming, devenus aussi producteurs, ont accès directement au public et sont en mesure de se passer des exploitants de cinéma. Maintenant en position de faiblesse, ces derniers larmoient à leur tour sur le danger de la suprématie des « affreuses » plateformes avec, pour risque principal selon eux, de porter atteinte à la diversité du cinéma alors qu’eux-mêmes bloquaient la production de certains films pour éviter les publics ne consommant ni sodas ni pop-corn, dixit « les têtes à capuche ». Les séries type Lupin de Netflix et Oussekine de Disney+ nous démontrent l’inverse. Ceux qui ont largement profité des situations de rente auraient pu investir en créant des écosystèmes vertueux. Finalement, dans le business comme dans la foi, il y a divers degrés d’élévation. Il faut croire que celui qui domine chez les intermédiaires, c’est celui de la « foi du commerçant ». L’étage le plus bas.