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La Palestine occupe le terrain



Pour la première fois de son histoire, la Palestine a accueilli une rencontre de qualification pour la Coupe du monde. C’était le 3 juillet 2011, face à l’Afghanistan, dans la banlieue de Ramallah. Plus qu’un match de foot, ce jour-là, c’est l’espoir de tout peuple qui rêve d’un État indépendant qui fut incarné par onze joueurs. Quand le football montre le but…


© Levine / SIPA
© Levine / SIPA

Al-Fursan

Si l’actualité récente nous a rappelé que l’ONU tardait à reconnaître la Palestine comme un de ses États membres, le football, lui, a déjà pris un train d’avance sur l’Histoire. C'est en 1998 que la Fédération internationale de football association (FIFA) a admis en son sein la Palestine. Un peu comme l’Algérie dans la  fin des années 1950, avec son équipe du Front de libération nationale (FLN), les Palestiniens ont déjà une sélection nationale de football reconnue par le monde avant d’avoir un État indépendant. Un tour de force politique et diplomatique, que le sport, vecteur de rapprochement entre les peuples, a réussi. 

Ancien directeur des relations internationales à la FIFA, Jérôme Champagne est conseiller de l’Autorité palestinienne pour le développement du sport : « À mon arrivée à la FIFA, en 1999, le président Joseph Blatter a donné son feu vert pour aider le football palestinien, qui venait d’être affilié. Nous avons réorganisé la fédération et aidé à la construction du premier stade palestinien aux normes internationales. Maintenant, la Palestine reçoit des équipes, à Al-Ram. C’est un vrai changement politique, permis par le dynamisme de Jibril Rajoub, le président de la fédération palestinienne de football. » Si, dans les faits, la Palestine existe sur la scène internationale du football, la réalité est d’une complexité sans nom pour les joueurs représentant leur pays. Ils viennent de partout : du Chili, de Pologne, de France ou d’Angleterre.

Occupation et arbitraire

Pourtant, rejoindre son équipe relève du parcours du combattant. L’occupation israélienne et l’arbitraire sont des freins qui rendent l’évolution d’Al-Fursan (« Les Chevaliers », surnom arabe de la sélection) extrêmement difficile. 

En immersion totale avec la sélection palestinienne en février 2011 pour le bihebdomadaire spécialisé France Football, Frank Simon explique les entraves  que rencontrent les Palestiniens : « La principale difficulté, c’est de pouvoir composer la meilleure équipe possible. Les meilleurs talents qui jouent dans la bande de Gaza ne sont jamais autorisés à rejoindre la Cisjordanie. » Avant d’ajouter : « Être originaire de Gaza est problématique. En juin 2010, le gardien de but du Shabab al-Khalil [al-Khalil est le nom arabe de Hébron, ndlr] n’a pas pu rentrer en Cisjordanie. En raison de ses origines gazaouies, Israël l’a bloqué à la frontière jordanienne, après lui avoir pourtant octroyé le permis de sortir. Pendant trois mois, Mohamed Shbair a donc dû patienter à Amman, la capitale. Pris en charge par sa fédération, il a longuement patienté sans savoir quand il pourrait revenir à Ramallah. »

Un manque d’infrastructures

Un véritable casse-tête pour la sélection qui rêve toujours d’être le premier pays sans État à se qualifier pour une Coupe du monde. Un objectif inatteignable pour l’heure, car les Palestiniens ont été éliminés par la Thaïlande. Sur le terrain, le talent existe, mais il ne peut réellement s’exprimer car, en plus des restrictions dues à l’occupation, le manque d’infrastructures est endémique. « Mes joueurs ne pouvaient pas s’entraîner correctement, car les terrains de proximité n’existent presque pas. Il n’y a pas d’espace et les effets s’en font ressentir à haut niveau. Et même si un championnat se dispute en Cisjordanie, les joueurs sont presque tous amateurs. Au bout d’une heure de jeu, ils commencent à tirer la langue », déplore le Franco-Algérien Moussa Bezzaz, qui vient de quitter la sélection palestinienne après la fin de son contrat. Si le terrain est encore miné, la sélection palestinienne de football a déjà en partie réussi sa mission. Femmes, hommes, musulmans ou chrétiens, derrière elle, un peuple a pu crier sa joie et sa fierté de voir les siens mouiller le maillot pour son honneur et son indépendance.

Nabil Djellit le Lundi 7 Novembre 2011


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Edito

Stop à la confusion

Mohammed Colin - 28/10/2019
Trente années de débats sur la laïcité qui semblent jamais n’en finir. Tel le serpent de mer, le voile alimente très régulièrement les débats dans les colonnes de nos journaux, sur nos écrans de télévision et nos dîners en ville. Pourtant, l’architecture de la laïcité repose sur deux principes simples rappelés très justement par le Premier ministre Edouard Philippe : « la liberté de croire ou de ne pas croire » et « la neutralité absolue des pouvoirs publics s’agissant de faits religieux ». Le reste ne serait que nuances d’interprétation et elles ont parfois tendance à faire dire tout et son contraire aux fameux principes cités plus haut. Ceux et celles qui, aujourd’hui, font valoir de nouvelles lois d’interdiction des signes religieux établissent délibérément des confusions sur le principe de séparation des Eglises et de l’Etat inscrit dans notre Constitution. Raison pour laquelle il est nécessaire de marteler que la laïcité est avant tout un principe de liberté, du culte et de la conscience pour chaque citoyen. Confondre l’Etat et ses fonctionnaires avec la société et les usagers des services publics, ce n’est plus possible. Ces confusions instrumentalisées à des fins politiques désignent le mouton noir : une femme (encore une femme) qui, en portant un voile, refuserait les règles du jeu commun. Faux si nous nous contentons de la simple lecture des deux principes. L’Etat autorise une maman voilée à accompagner ses enfants lors d’une sortie de classe, comme le stipule un arrêt du Conseil d’Etat en 2013. Le plus grave, c’est que ces confusions, qui entrainent de sempiternelles polémiques, produisent de la toxicité au sein de notre tissu social en dressant les gens les uns contre les autres et, au final, renforcent les éléments les plus archaïques au sein de notre société, c’est-à-dire les agents du communautarisme de tout bord, qu’ils soient d’extrême droite ou issus du rang des musulmans identitaires. Totalement contre-productif.