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Salamnews

KHEIRA HAMRAOUI « Ma rage, ma ténacité m’ont permis d’y arriver »



En plein Euro 2016 de football, Salamnews prend le contre-pied en donnant la parole à l’une des nouvelles égéries du football féminin : Kheira Hamraoui. Star du PSG et milieu de terrain de l’équipe de France, de nature pudique, comme Zinedine Zidane, son idole, elle se raconte.



Plutôt masculin comme sport, qu’est-ce qui vous a donné envie de pratiquer le football ?

Kheira Hamraoui : J’ai trainé dans la rue à voir des gamins jouer au ballon, j’ai fait pareil, très jeune. Personne ne voulait de moi. C’est en jouant avec ma classe de CE2 à l’école Saint-François-d’Assise que Farid Bensalem m’a repérée, alors que, quelques mois plus tôt, il avait refusé mon inscription ! À l’Hommelet, j’étais la seule fille à jouer avec des mecs... jusqu’à 13 ans. Mes grands frères n’étaient pas chauds pour que je joue au foot. Je pense que c’était plus pour me protéger que contre le football. Mais tout le monde leur disait : ta soeur, c’est un phéno... Mais je n’y croyais pas vraiment car, à ce moment-là, le football féminin, cela n’existait pas trop.

Comment votre carrière a-t-elle pris son envol ?

À 14 ans, j’ai signé à Leers pour seulement
justifier mon intégration au Centre de Clairefontaine, j’y suis restée trois ans. Et puis, en 2007, lors d’un match avec Hénin-Beaumont, j’ai inscrit 3 buts contre Saint-Étienne. Le président stéphanois m’a vue : « Celle-là, je la veux », a-t-il dit. Un peu plus tard, je signais à SaintÉtienne. Cela n’a pas été une période simple. Je me suis éloignée de chez moi. Il fallait que je bosse en parallèle avec un job à temps partiel de vendeuse. Mon arrivée au Paris- Saint-Germain m’a permis d’avoir un contrat de joueuse professionnelle et de me consacrer pleinement à ma passion.

Cela a été difficile de se construire un tel parcours ?

Oui, cela n’a pas été simple du tout, mais ma rage, ma ténacité m’ont permis d’y arriver. Comme dans mon quartier, il fallait se battre. Je n’ai jamais lâché, même quand cela a été dur. Petite, j’écrivais sur les murs de la boulangerie de ma mère : je veux être footballeuse professionnelle. Je n’avais pas conscience que ça allait devenir mon métier. C’est vers 18 ans que j’ai compris en quittant le Centre national de Clairefontaine.

Quel est le plus beau geste sur un terrain ?

La roulette, je trouve ça trop beau ! Zidane en était le roi. Il était trop fort, il était élégant à voir jouer. C’est mon exemple, le meilleur joueur du monde. Malheureusement, comme je suis repositionnée en milieu défensif, je ne tente plus ce geste, c’est trop risqué. J’essaie de jouer simple.

Quel est votre plus beau souvenir ?

C’est très récent. J’ai marqué mon premier but contre l’Ukraine avec l’équipe de France le 11 avril dernier. Ma joie était décuplée parce que c’était à Valenciennes, ma famille et mes amis étaient dans le stade. D’ailleurs, c’était la première fois que ma tribu venait me voir jouer.

Sentez-vous que l’engouement ne cesse de croitre pour le football féminin ?

Oui, dans la vie de tous les jours, je sens que les regards ont changé. Les stades aussi sont beaucoup plus remplis. Les filles, très jeunes, s’y mettent. Je sais, par exemple, qu’on est dé sormais 100 000 licenciées en France, et j’imagine que le po tentiel est encore très important. Je n’hésite pas à donner des conseils quand j’en croise qui m’interpellent. Je leur dis de croire en leur rêve...

La perception machiste qui perdure en partie dans notre société, comment l’appréhendez-vous ?

Très sincèrement, je n’écoute pas tout ça. Ce n’est pas mon problème, cela me passe audessus...

Comment définissez-vous votre style de jeu ?

J’ai un gabarit assez imposant quand même. Quand j’étais petite, je jouais milieu offensive. Mais le coach m’a repositionnée milieu défensive. J’ai encore beaucoup à apprendre, notamment en ce qui concerne la concentration. Parfois, j’ai encore du mal à me
concentrer.

À 26 ans, quels sont désormais vos objectifs ?

C’est d’être dans le meilleur club avec l’espérance de gagner la Ligue des champions. Évidemment, je pense beaucoup à la Coupe du monde 2019 en France. J’espère la jouer. Je la vois un peu comme le sommet de ma carrière sportive. Cela va permettre aussi au football féminin de passer un cap. C’est TF1 qui a les droits, je vous laisse imaginer l’exposition. Déjà, l’année dernière, quand on est
rentrées du Mondial, les gens ne parlaient que de cela !

L’Euro 2016 se déroulera du 10 juin au 10 juillet 2016. Comment imaginez-vous cette compétition ?

J’espère que cela va être une belle fête du football. Je vais regarder tous les matchs. Je vais aussi supporter l’équipe de France. Nous, les filles, on sera en préparation pour les Jeux olympiques, en espérant être retenues dans la liste finale de Philippe Bergeroo. Donc on sera tous derrière les Bleus !

Y a-t-il un joueur que vous appréciez en particulier ?

Oui, mais il ne sera pas là. J’aime beaucoup Karim Benzema. Il a un talent extraordinaire. Sportivement, sa présence ne se discute pas. Je suis déçue qu’il n’ait pas été convoqué pour cet Euro. C’est le choix du sélectionneur et on ne doit pas le discuter. J’apprécie aussi beaucoup Blaise Matuidi : il me ressemble par sa rage sur le terrain. J’ai aussi un faible pour Paul Pogba : il a de grandes qualités, il a une personnalité et un style.

Quelles équipes voyez-vous en finale ?

Je vois bien un France Allemagne.

Chez les filles, l’Allemagne, c’est une nation qui vous a toujours posé beaucoup de problèmes. Vous pourriez de nouveau les croiser lors des JO à Rio…

Oui, c’est le cas. Mais on se rapproche. Les Allemandes le savent, et on sent qu’elles ont peur de nous. Les JO, c’est un rêve. J’espère qu’on va revenir en France avec une médaille d’or. Je souhaite aussi qu’on écrase les Allemandes. J’en ai marre de perdre contre elles. La dernière fois, en Coupe du monde, on était clairement audessus. On menait 10 mais nous avons concédé un penalty. On a fini par perdre…

En ce mois de juin, le mois de Ramadan débute… Comment est-ce perçu par le staff de l’équipe de France ?

On est bien géré en équipe de France. Les médecins sont là, et ils nous demandent comment on appréhende cet aspect. On est pris en considération et cela se passe dans un esprit de tolérance.

Vous êtes d’origine algérienne. Entretenez-vous un lien avec ce pays ?

Oui, j’y suis attachée. Avec ma famille, on suit la sélection algérienne avec beaucoup d’attention. Là, on était content de voir Riyad Mahrez élu meilleur joueur du championnat d’Angleterre. Ce garçon a une trajectoire particulière. Il est passé par des petits clubs, mais il a prouvé qu’on pouvait devenir le meilleur, même quand ce n’est pas facile pour vous. C’est un très grand joueur, il mérite.J’aime bien aussi Yacine Brahimi, je l’ai croisé à Clairefontaine.

Pour terminer, comment un vestiaire de filles vit-il ?

Je pense que c’est comme chez les garçons. On met la musique à fond. Quand on a envie de danser, on s’éclate… Tout le monde rigole [rires] !

BIO EXPRESS
Née le 13 janvier 1990 à Croix, dans le département du Nord, Kheira Hamraoui est très vite attirée par le ballon. Comme les mecs, elle commence dans son quartier. Son talent fait l’unanimité. À 13 ans, elle signe sa première licence avec Hommelet SC Roubaix, puis elle évolue en Ligue Nord-Pas-de-Calais, avant de rejoindre le Centre de formation de Clairefontaine à 15 ans. Pendant quatre ans, elle apprend le job tout s’engageant avec AS Saint-Étienne. En 2012, elle est débauchée par Farid Benstiti. Séduit par son profil, l’ancien sélectionneur de la Russie profite de ses qualités athlétiques pour la replacer comme milieu défensive. Grande, élancée (1 m 78), elle est appelée en équipe de France à 29 reprises. Elle participe au dernier Mondial au Canada, où, avec les Bleues, elle échoue en quart de finale face à l’Allemagne au penalty. En fin de contrat avec le PSG, elle pourrait rejoindre Lyon, la meilleure équipe française
féminine, dans les semaines à venir.


Nabil Djellit le Lundi 8 Août 2016

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Edito

Stop à la confusion

Mohammed Colin - 28/10/2019
Trente années de débats sur la laïcité qui semblent jamais n’en finir. Tel le serpent de mer, le voile alimente très régulièrement les débats dans les colonnes de nos journaux, sur nos écrans de télévision et nos dîners en ville. Pourtant, l’architecture de la laïcité repose sur deux principes simples rappelés très justement par le Premier ministre Edouard Philippe : « la liberté de croire ou de ne pas croire » et « la neutralité absolue des pouvoirs publics s’agissant de faits religieux ». Le reste ne serait que nuances d’interprétation et elles ont parfois tendance à faire dire tout et son contraire aux fameux principes cités plus haut. Ceux et celles qui, aujourd’hui, font valoir de nouvelles lois d’interdiction des signes religieux établissent délibérément des confusions sur le principe de séparation des Eglises et de l’Etat inscrit dans notre Constitution. Raison pour laquelle il est nécessaire de marteler que la laïcité est avant tout un principe de liberté, du culte et de la conscience pour chaque citoyen. Confondre l’Etat et ses fonctionnaires avec la société et les usagers des services publics, ce n’est plus possible. Ces confusions instrumentalisées à des fins politiques désignent le mouton noir : une femme (encore une femme) qui, en portant un voile, refuserait les règles du jeu commun. Faux si nous nous contentons de la simple lecture des deux principes. L’Etat autorise une maman voilée à accompagner ses enfants lors d’une sortie de classe, comme le stipule un arrêt du Conseil d’Etat en 2013. Le plus grave, c’est que ces confusions, qui entrainent de sempiternelles polémiques, produisent de la toxicité au sein de notre tissu social en dressant les gens les uns contre les autres et, au final, renforcent les éléments les plus archaïques au sein de notre société, c’est-à-dire les agents du communautarisme de tout bord, qu’ils soient d’extrême droite ou issus du rang des musulmans identitaires. Totalement contre-productif.