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ISLAM SLIMANI « Tout donner pour l’Algérie »



Il y a quatre ans encore, Islam Slimani était un illustre inconnu qui jouait en 3e division algérienne à Aïn Benian, dans la banlieue d’Alger.
Au Brésil, lors de la Coupe du monde, il est devenu l’une des belles révélations. L’attaquant du Sporting Portugal, habité par un sens du but inné, est devenu
le héros de tout un peuple, en envoyant l’Algérie en huitième de finale. Généreux dans ses efforts sur le terrain comme
en dehors, le Fennec nous a raconté son histoire et son intimité lors d’un entretien juste avant la CAN 2015.


Au Brésil, l’Algérie a réussi un exploit historique en passant pour la première fois le cap du premier tour grâce à votre but contre la Russie (1-1). Est-ce le plus grand moment de votre carrière ?

Islam Slimani : J’y pense encore tous les jours. C’était un rêve pour nous, les joueurs, et aussi tous les Algériens. Et ce but que je mets de la tête contre la Russie est désormais considéré comme le plus important de l’histoire du football algérien.

Qu’avez-vous ressenti en voyant le ballon franchir la ligne ?

Quand j’ai marqué, j’ai vu tout le peuple algérien. Je le sentais juste derrière moi. Je savais que cela vibrait très fort au pays. Et puis, évidemment, on pense à sa famille... Avant le match, il y avait beaucoup de pression. Mais je savais qu’on allait faire quelque chose. Avec l’expérience, ce sont des pressentiments que nous développons en nous. 

Lors de ce Mondial, tous les observateurs ont estimé que vous aviez été l’équipe qui avait le plus bousculé l’Allemagne, futur champion du monde. Comment expliquez-vous une telle performance ?

On a joué ce huitième de fi nale sans pression. On voulait tout donner pour représenter l’Algérie. Et on a tout donné. Sur ce que j’ai vu par la suite, et notamment le festival des Allemands contre le Brésil (7-1), je me suis dit qu’on avait réalisé un gros match. On les a poussés en prolongation, et je pense qu’on aurait pu même gagner.

Justement, il y a ce tournant, en première mi-temps votre but a été refusé pour une position de hors-jeu de quelques centi mètres…

J’y pense tout le temps. J’en ai mis des paquets, j’aurais bien échangé quelques-uns de ces buts contre ce but refusé. Si je n’avais pas été pris hors-jeu, cela aurait été un autre match. Le destin d’une rencontre ne se joue pas à grand-chose.

Vous êtes devenu meilleur joueur algérien et maghrébin en 2013, meilleur Fennec au Mondial avec deux buts et une passe décisive, et l’un des chasseurs de but les plus redoutables d’Europe. Auriez vous cru à une telle trajectoire ?

Si on m’avait même dit cela il y a juste deux ans, cela aurait été inimaginable dans mon esprit. Je jouais en Algérie. Ma vie, cela a toujours été le football. Je bossais comme un fou pour devenir footballeur professionnel. Comme on dit chez nous : « Rebbi ma khalanich (Dieu ne m’a pas laissé). » J’ai réussi mon rêve. 

L’Algérie est-elle la plus grande perdante de la délocalisation de la CAN du Maroc à la Guinée équatoriale ?

Je pense que toutes les équipes ont perdu dans cette histoire. Jouer au Maroc ou en Guinée équatoriale, ce n’est pas la même chose. Après, il est vrai que les Tunisiens et nous sommes ceux qui sont les plus pénalisés. Au Maroc, il y aurait eu notre public, le climat mais surtout la qualité des pelouses. Et puis un Mondial est un Mondial, et une CAN est une CAN. C’est un autre football, un autre monde... Je sais que cela peut surprendre mais, en tant que joueur, je vous dis qu’une CAN, c’est trois fois plus dur à gagner.

L’Algérie, favorite, est tombée avec le Ghana, l’Afrique du Sud et le Sénégal, ce groupe est-il plus difficile que celui du dernier Mondial ?

Oui, parce que, encore fois, c’est une autre réalité. Au Mondial on est des outsiders, alors qu’à la CAN on est parmi les favoris. On est aussi sous une pression plus importante. Les trois équipes sont très dangereuses. Le Ghana est un cador continental, le Sénégal est une nation qui revient bien, et l’Afrique du Sud a terminé première de son groupe devant le Nigeria... 

Vous avez émergé au haut niveau grâce à Vahid Halilhodzic. Devenu sélectionneur de l’Algérie en 2011, cet ancien coach du PSG vous a donné votre chance…

Oui, c’est un grand tournant. C’est lui qui m’a fait sortir d’Algérie... Et ça, je ne l’oublierai jamais. J’étais même inconnu au pays, et si je suis devenu un international algérien, un joueur du Sporting Portugal qui joue la Ligue des champions, c’est grâce à Vahid Halilhodzic.

En sélection, vous jouez avec des joueurs binationaux (Feghouli, Ghoulam, Taïder, Brahimi) qui ont préféré l’Algérie à la France. Le mythe de Zinédine Zidane a-t-il vécu ?

 Je crois que quand vous aimez votre pays vous ne pensez pas à votre réussite personnelle. Ryad Boudebouz, en 2009, était un des grands espoirs du football français, il est venu en Algérie à 19 ans... Et ceux que je fréquente en sélection, je sens qu’ils ont l’amour du pays. Ils ont choisi l’Algérie car ils l’aiment. [Ironique...] On peut aussi ne pas choisir l’Algérie, et ne pas réussir...

Sentez-vous une différence culturelle avec les joueurs nés en France ?

Il n’y a aucune différence entre nous. On est tous musulmans, on aime tous notre pays, c’est ça le plus important à mon sens. Peu importe d’où on vient : ce qui nous réunit, c’est notre drapeau, l’histoire de notre pays et son hymne national.

Comment gérez-vous votre immense popularité en Algérie ?

 Je reviens dans mon quartier le plus normalement possible. Je suis le même qu’il y a six ou sept ans... Dans mon esprit, rien n’a changé. C’est vrai que tout le monde me saute dessus dans les rues, à Alger, mais cela ne m’empêche pas de sortir. Ce qui me manque le plus, c’est ma famille et mon quartier d’Aïn Benian. « El oumma », comme on dit chez nous. 

Vous avez invité en novembre dernier des jeunes de Bagnolet à assister à un match du Sporting Portugal. Votre cote d’amour est forte en France. Le saviez-vous ?

C’est vrai que j’ai compris que j’avais beaucoup de gens qui m’aimaient en France. Je sais qu’il reste des gens reconnaissants. Ils savent que Slimani se bat pour le pays. Et des gens sincères, on n’en trouve pas tant que cela chez nous. En France, on m’aime beaucoup car ils me jugent sur le terrain. Ils sont lucides, et regardent mes statistiques.

Au mois d’août dernier, la violence dans les stades algériens a tué : Albert Ebossé, attaquant camerounais, est mort à Tizi Ouzou…

 [Il coupe...] Cela m’a fait mal. J’ai été très surpris. Il faut absolument que la violence cesse. Cela a été Ebossé, cela aurait pu être un autre... En Algérie, on importe beaucoup de choses d’Europe : pourquoi ne pas s’inspirer aussi de la manière d’organiser des matchs de football dans des conditions maximales de sécurité ? En Europe, ils viennent pour le plaisir, pas pour tuer... C’est malheureux. J’espère que ça sera le dernier mort sur un terrain de football. 

Quand on se prénomme Islam, ressent-on une plus grande foi ?

Je suis comme tous les Algériens, je fais la prière, je respecte notre religion. C’est vrai que mon prénom c’est Islam, mais cela ne me donne pas plus de responsabilités qu’un autre. Qu’on s’appelle Islam, Mohammed ou Rachid, on se doit de respecter notre religion.

La religion permet-elle de relativiser dans votre métier?

Elle est même indispensable et m’aide à mieux gérer l’énorme pression que nous subissons. En Algérie, l’attente est incroyable. Avant tous les matchs, dans le bus, quand on se dirige vers le stade, j’écoute le Coran. 

BIO EXPRESS
Né le 18 juin 1988 à Alger, Islam Slimani débute le football dans son quartier au WBAB de Aïn Benian avant d’évoluer en 3e division à la JSM Chéraga. Là, l’attaquant se fait rapidement remarquer avec une saison à 18 buts en 20 matchs. En 2009, il arrive au CR Belouizdad en 1re division algérienne, où il devient l’un des meilleurs buteurs du championnat. Son talent tape dans l’œil du sélectionneur Vahid Halilhodzic, qui en fait son attaquant numéro un en équipe d’Algérie. Islam Slimani justi fie sa confi ance en inscrivant 13 buts en 30 sélections avec les Fennecs et en occupant une place prépondérante dans le parcours de l’Algérie au Mondial. Entre-temps, à Lisbonne,le Sporting Portugal renifl e la bonne affaire et le recrute. En 2014, ce buteur né a déjà inscrit 14 buts en 33 matchs avec son club. Avec le rêve de hisser l’Algérie sur le toit de l’Afrique, les autres Fennecs et Slimani étaient à la Coupe d’Afrique des nations 2015 en Guinée équatoriale, atteignant les quarts de finale.

Propos recueillis par Nabil Djellit le Dimanche 1 Février 2015

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Stop à la confusion

Mohammed Colin - 28/10/2019
Trente années de débats sur la laïcité qui semblent jamais n’en finir. Tel le serpent de mer, le voile alimente très régulièrement les débats dans les colonnes de nos journaux, sur nos écrans de télévision et nos dîners en ville. Pourtant, l’architecture de la laïcité repose sur deux principes simples rappelés très justement par le Premier ministre Edouard Philippe : « la liberté de croire ou de ne pas croire » et « la neutralité absolue des pouvoirs publics s’agissant de faits religieux ». Le reste ne serait que nuances d’interprétation et elles ont parfois tendance à faire dire tout et son contraire aux fameux principes cités plus haut. Ceux et celles qui, aujourd’hui, font valoir de nouvelles lois d’interdiction des signes religieux établissent délibérément des confusions sur le principe de séparation des Eglises et de l’Etat inscrit dans notre Constitution. Raison pour laquelle il est nécessaire de marteler que la laïcité est avant tout un principe de liberté, du culte et de la conscience pour chaque citoyen. Confondre l’Etat et ses fonctionnaires avec la société et les usagers des services publics, ce n’est plus possible. Ces confusions instrumentalisées à des fins politiques désignent le mouton noir : une femme (encore une femme) qui, en portant un voile, refuserait les règles du jeu commun. Faux si nous nous contentons de la simple lecture des deux principes. L’Etat autorise une maman voilée à accompagner ses enfants lors d’une sortie de classe, comme le stipule un arrêt du Conseil d’Etat en 2013. Le plus grave, c’est que ces confusions, qui entrainent de sempiternelles polémiques, produisent de la toxicité au sein de notre tissu social en dressant les gens les uns contre les autres et, au final, renforcent les éléments les plus archaïques au sein de notre société, c’est-à-dire les agents du communautarisme de tout bord, qu’ils soient d’extrême droite ou issus du rang des musulmans identitaires. Totalement contre-productif.