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Grand corps malade: « Le vote des quartiers populaires peut peser lourd »


Le slameur Grand Corps Malade est un magicien des mots. Il présente un nouveau single festif intitulé Inch’Allah et sera en concert à l’Olympia. Retour sur une riche carrière, en toute simplicité.


© Lahcène Abib
© Lahcène Abib

Vous avez répondu à l’appel d’AC Le Feu, à Clichy-sous-Bois, pour inciter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales… Pourquoi ?

Grand Corps Malade : Je souhaite que les quartiers populaires pèsent sur les débats politiques, car ils représentent une force électorale.
Nous avons besoin d’un vrai électorat dans les quartiers populaires. Mais, pour voter, il est d’abord nécessaire de s’inscrire !
En pleine campagne présidentielle, on entend les programmes des uns et des autres, mais, pour l’instant, aucun n’aborde les quartiers populaires.
C’est inquiétant, il faut réagir. 

Comptez-vous prendre part au débat politique ? Un parti vous a-t-il déjà approché ?

J’ai eu quelques appels du pied de la part de différents candidats mais je n’ai pas donné suite. Je considère avoir fait mon devoir en incitant les jeunes à voter, je  ne vais pas m’engager plus que cela… C’est simple, je ne pense pas en avoir la légitimité ! Je me vois mal sur un podium en train de serrer la main d’un candidat. Je trouve que je passe assez de messages clairs dans mes textes. D’ailleurs, pour moi, les politiques ne sont pas plus crédibles quand ils se lancent  dans cette course aux peoples avant chaque élection…

Vous avez peut-être un candidat favori ?

Non… Je suis en pleine réflexion, nous avons encore deux mois pour écouter les propositions de chacun… J’ai bien évidemment une préférence qui se dégage, mais c’est tout… Et c’est tant mieux ! C’est bien de ne pas avoir de certitude absolue. Si j’avais déjà choisi mon candidat, je ne serais pas à l’écoute des autres.

Vous ne souhaitez pas vous impliquer plus… Pourtant, votre texte Éducation nationale est presque un programme à lui seul !

Alors, dans ce cas, il s’agit de la sous-partie d’une petite tranche d’un programme [rires] ! Il y a en effet des sujets sur lesquels je me sens plus légitime comme l’éducation. Cela m’intéresse énormément. J’ai de nombreux amis qui enseignent. J’anime beaucoup d’ateliers slam dans les écoles et les collèges.  L’éducation est un sujet primordial qui nous concerne tous. Si on pouvait faire en sorte que l’école soit un terrain d’égalité, ce serait un bon début.

Dans votre single Inch’Allah, vous espérez un « second tour sans Marine », sachant que les idées du FN sont fortement relayées…

Sur ce point, je peux vous assurer qu’il faut un second tour sans Marine Le Pen ! Le contraire serait dramatique pour nous. Malheureusement, elle attire et il semblerait qu’elle passe mieux que son père. Elle serait prétendument plus fréquentable, mais je ne suis pas d’accord ! Ce changement sur la forme sert à endormir les gens. En fait, elle fait un copier-coller des idées de son père. 

Avec votre premier album Midi 20, vous avez réussi à faire connaître le slam au grand public

Le premier album a été un énorme succès… Beaucoup ont en effet découvert le slam. Avec du recul, je suis très fier, car le slam est une belle chose. Pour moi, il s’agit d’un espace de rencontre où les gens s’écoutent. Il y a un total respect sur le fond comme sur la forme. Le slam existe depuis longtemps, mais si je suis vu comme celui qui l’a démocratisé, c’est tant mieux !

Tout a commencé pour vous dans un café…

Un café sénégalais à Paris, qui s’appelle Theranga. Il y a toujours eu du slam à Saint-Denis, mais je n’avais pas envie de me lancer en bas de chez moi, je trouvais cela intimidant ! J’ai préféré me trouver devant des gens que je ne connaissais pas, puis j’ai continué à Saint-Denis. Ensuite, j’ai repris la scène slam du Café culturel en 2004, que j’ai animé jusqu’en 2010. 

À Saint-Denis, vous aviez fondé l’association Flow d’encre pour animer des ateliers d’écriture et de slam.

Flow d’encre n’existe plus mais, aujourd’hui, je continue à animer des ateliers d’écriture en mon nom dans les écoles, les prisons, les hôpitaux… C’est à chaque fois une rencontre. Parfois, je fais une initiation au slam et il arrive que cela finisse sur une scène ! C’est l’idéal pour moi : le partage de la scène est magique. Et quand nous avons plus de temps, nous pouvons même enregistrer un CD.

Vous aimez transmettre le goût de l’écriture ?

C’est important pour moi, je veux partager ce goût avec les autres. Je me rends compte à chaque atelier que tout le monde peut écrire. Que ce soient des enfants de 7 ans ou des mamies de 87 ans, chacun a des choses à dire. J’ai fait du slam dans les quartiers populaires mais aussi dans des quartiers huppés… partout il y a de l’inspiration.

Avec votre nouveau single Inch’Allah, vous utilisez une expression clairement religieuse…

C’est devenu une expression courante. Je ne suis pas musulman, pourtant il m’arrive de dire insha Allah très souvent. J’ai grandi avec des musulmans, des Maghrébins plus ou moins pratiquants… J’ai toujours entendu ce mot.

Finalement, vous faites évoluer la langue française ?

Je n’en ai pas l’impression, je suis plutôt un relais, un haut-parleur de cette langue française qui est en perpétuelle mouvement. Je le dis dans mon texte : « Chez nous les chercheurs, les linguistes viennent prendre des rendez-vous / On a pas tout le temps le même dictionnaire mais on a plus de mots que vous / J’viens de là où le langage est en permanente évolution / Verlan, reubeu, argot, gros processus de création. » Je revendique de faire de la poésie avec des mots de tous  les jours, qu’on emprunte à l’arabe, aux langues africaines, qu’on met à l’envers, c’est un mélange de tout ça.

Le mélange, on le retrouve dans Roméo kiffe Juliette, une belle histoire d’amour recontextualisée au XXIe siècle.

Le but, c’était à la fois de m’amuser avec l’oeuvre de Shakespeare et d’actualiser l’histoire d’amour la plus célèbre de tous les temps. Car qui sont les Capulet et les Montaigu d’aujourd’hui ? Ce qui peut séparer deux familles, ce peut être la couleur de peau, l’origine sociale, la religion... J’ai choisi l’angle de la religion, mais cela aurait pu être autre chose, car tout ce qui enferme les gens dans des castes, cela me paraît inconcevable.

En duo avec Reda Taliani, on découvre dans le clip un mariage oriental. Connaissiez-vous cet univers ?

Oui et même très bien ! J’ai eu la chance d’être invité à beaucoup de mariages. À chaque fois, ce sont de très belles fêtes. Comme tous les mariages, ce sont des moments où les gens sont heureux. Mais dans les mariages orientaux, il y a de belles traditions comme celle du henné. Et, bien sûr, j’aime la musique orientale, ce n’est pas pour rien que j’ai fait un duo avec un chanteur de raï !

Vous êtes récemment devenu papa, un événement important. Le texte Définitivement dans votre dernier album traite de cette question...

C’est un texte que j’ai écrit avant la naissance de mon enfant. C’est un tel bouleversement dans mon quotidien que j’ai voulu en parler avant qu’il arrive. Pour me projeter un peu. Aujourd’hui, il est là et je n’ai plus les mêmes priorités, mon quotidien est transformé ! Ça change absolument tout. « Définitivement… »

Bio Express

F
abien Marsaud alias Grand Corps Malade est né en 1977 au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis. Très tôt, il se passionne pour le sport et décide même de devenir professeur d’éducation physique.
En 1997, alors qu’il anime une colonie de vacances, il se déplace les vertèbres après un mauvais plongeon dans une piscine. On lui explique qu’il ne remarchera plus jamais. Mais il se bat et, trois ans plus tard, il retrouve l’usage de ses jambes. Une expérience douloureuse qui explique son nom de scène.
Il commence le slam en 2003 et fait le tour des scènes et des petits bars parisiens pour partager ses textes.
Il présente en 2004 « Slam’Alikoum », les soirées slam mensuelles du Café culturel de Saint-Denis. 
En 2006, ses textes sont transposés en musique dans son premier album Midi 20. Un premier opus qui rencontre un grand succès : il remporte deux récompenses lors des Victoires de la musique 2007 et enchaîne une tournée de plus de 120 dates. 
Puis, en 2008, il signe Enfant de la ville et, deux ans plus tard, le troisième album 3e Temps. Depuis 2011, il a entamé une longue tournée de concerts, dont Cayenne et Fort-de-France, et sera sur la scène de l’Olympia les 16 et 17 mars prochain. 

Propos recueillis par Mérième Alaoui le Jeudi 1 Mars 2012

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