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Evry-Courcouronnes : Une Grande Mosquée rayonnante


Figurant parmi l’une des plus grandes mosquées d’Europe, après celle de Rome et de Londres, impressionnante par sa stature et son minaret, la mosquée d’Évry-Courcouronnes n’en demeure pas moins un lieu convivial, à l’ambiance bon enfant.


© Lahcène Abib
© Lahcène Abib
Portes en bois sculpté, mosaïques, salle de prière spacieuse et luminosité… L’architecture et les décors intérieurs du centre culturel islamique d’Évry-Courcouronnes, car tel est son nom inscrit à l’entrée, a de quoi séduire le visiteur plutôt habitué à l’exiguïté des salles de prière rafistolées et sans moyens. La bataille pour « une nouvelle mosquée » appartient désormais au passé.

Mais il faut l’évoquer, car quand bien même la Grande Mosquée d’Évry est maintenant à l’heure de l’institutionnalisation, sa bataille pour voir enfin le jour s’apparente à une victoire. Fin des années 1970, la ville nouvelle d’Évry éclot. Quelques Évryens de confession musulmane, réunis au sein de l’Amicale des travailleurs marocains, sont à la recherche d’un local digne pour effectuer leurs rites  quotidiens.Les pouvoirs publics n’ont pas de cave à leur disposition, ils leur proposent un château d’eau… Des sous-sols de HLM aux hauteurs d’un réservoir, qui savaient que les musulmans aimaient tant prendre les escaliers ?
Au lendemain de l’élection présidentielle de 1981 – qui a ouvert le droit à toute personne vivant sur le sol français de créer une association –, les fidèles qui fréquentaient la salle du Parc-aux-Lièvres créent l’Association culturelle des musulmans d’Île-de-France (ACMIF). Foin des petits projets, l’ACMIF ambitionne de faire ériger une mosquée monumentale au coeur de la ville. Absence de subventions, insuffisance des récoltes de fonds à la sortie des salles de prière et dans les foyers de travailleurs…
 
Pendant 3 ans, l’hebdomadaire Al-Watan al-Arabi publie à chacun de ses numéros un article appelant aux dons. Le permis de construire est délivré en 1984. La Ligue islamique mondiale, en 1987, et la fondation Hassan-II du Maroc, en 1990, sont les financeurs. Enfin, dix ans après, l’ouverture au public a lieu en 1994. Que n’a-t-on autrefois reproché aux responsables de la mosquée d’Évry leur manque d’indépendance financière ? La Grande Mosquée existe maintenant : elle revendique aujourd’hui son indépendance morale et s’attache à répondre, sans influence extérieure, aux préoccupations de ses fidèles, citoyens français.

Une notoriété à bon escient 
 
Outre les classiques cours d’arabe et de religion pour les enfants et les cours d’alphabétisation destinés aux femmes sont organisés des conférences mensuelles et, surtout, un congrès annuel de trois jours : « L’islam, religion de paix », « L’islam, religion de dialogue »… Maintenant que la Grande Mosquée n’a plus à batailler pour la recherche de fonds (l’agrément de certificat halal constitue, depuis 1996, une source de revenus non négligeable et garantit pour une part son indépendance), c’est à son tour d’utiliser sa notoriété pour mobiliser les bénévoles et appeler aux dons. Préparation des repas de l’iftar (de 60 à 200 personnes). Distribution des repas de l’Aïd à Fleury-Mérogis, plus grand centre pénitentiaire d’Europe. Le vendredi, récolte de milliers d’euros auprès de ses fidèles pour d’autres mosquées. La solidarité ici n’est pas un vain mot.

Évry, tournée vers l’avenir

Jeunesse. Située à une trentaine de km au sud-est de Paris, Évry-Petit-Bourg, commune rurale et agricole, est devenue Évry « ville nouvelle » en 1969. Populaire (environ 40 % de logements sociaux), elle est la préfecture de l’Essonne. Ville jeune – la moyenne d’âge est de 26 ans –, elle dispose d’une université, d’un palais de justice, du théâtre national de l’Agora, d’un conservatoire municipal, d’une école nationale de musique et de danse et de 100 hectares d’espaces verts. Au mois d’octobre se tient un Salon du livre ; et au printemps, « Les rendez-vous de l’éthique » sont l’occasion d’une semaine de débats publics aux thèmes variés (bioéthique, réussite scolaire, urbanité). De nombreuses entreprises de pointe y sont implantées, dans les secteurs tertiaire, aéronautique et spatial, génétique, biotechnologique et des télécommunications.


La capitale spirituelle française

À Évry, toutes les religions vivent en bonne entente.

Réussite. « Cette ville est un territoire de spiritualité, un symbole du vivre-ensemble. Les religions qui la composent jouent un rôle fondamental non négligeable dans cette réussite. La religion n’est pas forcément symbole de communautarisme », dit-on à la mairie. À l’image de ses habitants, Évry, qualifiée de « capitale spirituelle », réunit toutes les religions, en témoignent les différents et imposants lieux de culte.

À côté de la grande mosquée d’Évry Courcouronnes se tient la seule cathédrale construite au XXe siècle, celle de la Résurrection Saint-Corbinien, siège du diocèse qui encadre les paroisses catholiques du département. La ville réunit aussi une synagogue, une église adventiste, plusieurs lieux de culte protestant, ainsi que la plus grande pagode d’Europe (4 000 m2), Khánh-Anh, inaugurée le 12 août dernier par le Dalaï Lama, qui deviendra le siège européen de la Congrégation bouddhique vietnamienne. Le dialogue interreligieux est très présent, surtout grâce aux fêtes et piques-niques organisés entre les communautés, et ce à l’échelle du département. Mgr Michel Dubost, évêque de la cathédrale, évoque l’« amitié » qui le lie à la mosquée d’Évry. Il préfère les rencontres « pas trop cadrées, pas forcément officielles ». Il poursuit : « Pour les catholiques, il est normal d’avoir des relations avec les musulmans. On  s’invite. D’ailleurs, Khalil Merroun vient passer la nuit de Noël à la cathédrale presque chaque année. 


Repères
• Superficie de 7 000 m2dont 5 525 construits. 5 000 fidèles chaque vendredi. 
• 600 élèves inscrits à l’école Al-Houda, où plus de 20 professeurs enseignent la langue arabe, la lecture du Coran et la religion.
• Depuis 1996, agrément de certification halal. 
• Distribution de repas de l’Aïd, avec le Secours islamique, aux détenus de la prison de Fleury-Mérogis. 
• Participation aux Téléthon 2001- 2002 et dialogue interreligieux avec la cathédrale d’Évry.

© Lahcène Abib
© Lahcène Abib
Portrait

Retraité depuis trois ans, Khalil Merroun, 62 ans, cofondateur et recteur de la Grande Mosquée d’Évry-Courcouronnes, est-il un militant dans l’âme ? Ce père de 5 enfants et grand-père de 4 petits-enfants était délégué CGT siégeant au comité central d’entreprise de la SNECMA. Reconnu pour sa pugnacité, il est propulsé président de l’ACMIF.Aumônier principal à la prison de Fleury-Mérogis, il participe à la commission de surveillance de l’établissement pénitentiaire.
Habitué des rencontres oecuméniques, il siège en tant que président d’honneur, au même titre que l’évêque Michel Dubost, au sein d’une association interreligieuse ayant pour vocation la reconstruction de la mosquée de Srebrenica (Bosnie). Il refusera nombre de fois d’être adjoint au maire, arguant de la nécessaire neutralité politique d’un recteur.


Reportage Huê Trinh-Anissa Ammoura le Mercredi 1 Octobre 2008


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