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Bordeaux : Une mosquée de référence pour la région


Dynamique et moderne, la mosquée Al-Huda, dans la vieille ville de Bordeaux, a tout pour plaire. Située en centre-ville, cette simple bâtisse à l’allure modeste est à mille lieux de témoigner – visuellement du moins – de son considérable impact spirituel et intellectuel à Bordeaux et dans sa région, durant ces deux dernières décennies.


© Lahcène Abib
© Lahcène Abib
Ce bâtiment n’a rien qui la distingue des autres et ne laisse pas paraître qu’il s’agit d’une mosquée. Et pourtant, c’est de là que s’est bâti l’islam local et régional qui se retrouve si peu ailleurs. À son origine, l’Association musulmane de Gironde (AMG). Créée en 1983, celle-ci s’est vite démarquée des associations musulmanes classiques que l’on retrouve à cette période en France. C’est elle qui prend en charge le réaménagement de l’usine de cordonnerie, rue Jules-Guesde, lors de sa fermeture, pour en faire un lieu de culte digne pour les musulmans bordelais. Al-Huda devient de ce fait la première mosquée de Gironde, où imams et acteurs sociaux se forment. D’autres mosquées se suivront et un fort tissu associatif se tisse dans la région.

En 2004, c’est au tour de la mosquée de Cenon, en banlieue bordelaise, d’être inaugurée. Ainsi, l’AMG gère directement deux lieux de culte et a poussé à la création de dizaines d’associations spécialisées, tant religieuses que culturelles et laïques, comme l’Association Femmes Familles Plurielles (AFFP), l’association de médecins Avicenne ou encore Juriste Intégration. Aujourd’hui, Al-Huda réunit jusqu’à 500 élèves, de 6 à 18 ans, pour des cours  d’enseignement de la langue arabe et du Coran. Un institut a même été mis sur pied l’an dernier pour les plus de 18 ans : l’Institut de découverte et d’études du monde musulman (IDEMM), qui offre des formations totalement sécularisées de civilisation, de langue et de culture.

Un même espace sacré
 
Une particularité : toutes les communautés ethniques se retrouvent à Al-Huda, qui peut accueillir jusqu’à 1 000 fidèles le vendredi. Plus encore, c’est le  nombre de convertis qui se retrouvent là pour les prières et les activités, à l’image de Françoise, 42 ans, musulmane depuis quatre ans et qui a fait sa shahada – sa profession de foi – dans cette mosquée. L’islam « communautarisé » n’y a pas sa place. Autre point marquant : aucun rideau ne sépare l’espace des hommes et des femmes au premier étage afin que les deux puissent « se sentir dans le même espace sacré », selon le recteur et imam de la mosquée, Tareq Oubrou.

« Si les hommes n’ont plus de place en bas, qu’ils montent en haut comme les femmes quand elles n’ont plus de place. » Mais l’espace qu’offre le bâtiment de 600 m² est désormais exigu, comme le constate celui qui est la référence religieuse de l’association. Malgré les réaménagements et les agrandissements successifs, Al-Huda reste encore « une mosquée bricolée » et « un lieu de culte de transition ». « C’est de là que tout est parti. Mais, aujourd’hui, on ne peut plus accueillir tout le monde. Pour que l’on puisse garder longtemps notre statut de référence, une Grande Mosquée est nécessaire. On veut donc voir un changement s’opérer rapidement dans les années qui viennent », conclut M. Oubrou. 
© Lahcène Abib
© Lahcène Abib

Le quartier de la Bastide se rénove

Renouveau.  En 2000, l’actuel maire, Alain Juppé, a sonné le renouveau de la Bastide, qui a longtemps accueilli de nombreuses industries à l’écart de la ville. Il lance le projet d’un nouveau quartier avec ses logements, ses espaces verts, une université, des écoles, un cinéma multiplexe. C’est dans un quartier en plein chantier que sera implantée la future mosquée qui accueillera jusqu’à 2 500 fidèles dans un espace de 1 800 m². Les négociations avec la mairie sont en cours, mais un terrain de 7 000m² sera prochainement mis à la disposition de l’AMG. À ses détracteurs – nombreux à se faire entendre –, M. Oubrou  répond que « l’islam ne se construit pas contre ni en dépit de la société, mais avec elle ». Comme Al-Huda, la Grande Mosquée de Bordeaux ne ressemblera pas aux bâtisses arabo-musulmanes. Sans coupole ni minaret, le monument épousera le paysage et le contexte dans lesquels il se construit « pour inventer
l’architecture du sacré dans la modernité et en Occident et ne pas entrer dans ce travail de reproduction d’un islam imaginaire ethnicisé ». En attendant, les fidèles bordelais et girondins devront être patients et généreux. Aucune date n’a encore été fixée pour les travaux, le contrat d’attribution du terrain n’ayant pas  encore été signé. Six millions d’euros sont nécessaires pour financer la première étape du chantier, à savoir la salle de prière et la bibliothèque. « Toute la communauté attend cette mosquée pour pouvoir prier dignement », souligne Jawad Rhaouti, président de l’AMG. « On pense pouvoir facilement récupérer la moitié de la somme compte tenu des promesses de dons et de l’engagement des fidèles. »  

La perle d’Aquitaine
 
Héritage. Capitale mondiale du vin, Bordeaux est la neuvième ville de France avec ses 235 000 habitants. Chef-lieu de la région Aquitaine et préfecture du département de la Gironde, cette ville du sud-ouest de la France est un haut lieu historique. Traversé par la Garonne, Bordeaux fut, au Moyen Âge, sous domination anglaise pendant trois siècles avant de revenir dans le giron français. Son port, le premier du royaume de France aux XVIIe et XVIIIe siècles, lui vaut d’être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, depuis juin 2007. Avec l’abolition de l’esclavage en 1848, Bordeaux, qui prospérait grâce au commerce négrier, décline mais se modernise avec le temps. Aujourd’hui encore, la ville concentre ses activités industrielles et tertiaires autour de la Garonne. Assumant son passé négrier, elle a inauguré, en mai 2009, un nouvel espace au musée d’Aquitaine. Bordeaux accueille chaque année 2,5 millions de touristes.

© Lahcène Abib
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« Le dialogue a toujours été d’excellente qualité »

De très bonnes relations lient l’AMG et la mairie, dirigée par Alain Juppé depuis 1995 (sauf 2004-2006). Le projet de Grande Mosquée s’est vu octroyé un soutien fort de la ville, comme l’explique Muriel Parcelier, maire adjointe du quartier de la Bastide.

Quelles sont les raisons qui ont poussé la mairie à soutenir le projet ?
Comme Alain Juppé le dit régulièrement, nous nous devons de respecter le fait religieux et de permettre aux Bordelais de pratiquer leur religion. C’est pourquoi nous devions répondre à cette demande par l’acquisition d’un terrain. Depuis, la ville s’est portée acquéreur d’un espace et nous attendons que l’AMG réunisse des fonds pour la construction de la partie cultuelle du bâtiment.

L’accord de principe ne sera signé qu’une fois les fonds – du moins une partie – seront réunis...
L’engagement pris en mars 2005 est très solennel. M. Juppé n’était pas là mais il travaillait déjà sur ce projet bien avant 2004. Nous  avons toujours apprécié l’ouverture, le respect et cet esprit de grande tolérance prônés par l’AMG. Dans le projet de la mosquée et du centre culturel, elle souhaite que ce soit un lieu ouvert à tous, à la ville, aux autres religions et aux sans-religion. Notre volonté politique est forte et assumée. Il n’y aura pas de retour en arrière : permettre une pratique de la religion dans de bonnes conditions est une démarche engagée depuis des années, même si elle met du temps à se concrétiser. 

Repères
• 1983
: création de l’Association musulmane de Gironde (AMG).
• 1984 : ouverture de la mosquée Al-Huda.
• 2000-2001 : début des tractations entre l’AMG et la mairie.
• 2004 : ouverture de la mosquée de Cenon, en banlieue bordelaise.
Grande Mosquée de Bordeaux:
• Superficie : 7 000 m² de terrain, dont 1 800 m² pour la salle de prière.
• Capacité d’accueil : jusqu’à 2 500 fidèles.
• Coût estimé du projet : 6 millions d’euros (salle de prière et bibliothèque).
• Durée prévisionnelle des travaux : deux ans dès lors qu’ils seront commencés.

© Lahcène Abib
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Portrait

Né au Maroc en 1959, Tareq Oubrou arrive à Bordeaux à l’âge de 20 ans dans le cadre de ses études scientifiques.
Mais très vite et « par la force des choses », il est appelé à exercer la fonction d’imam dans plusieurs villes, dont Nantes, Pau et Limoges, avant de revenir finalement à Bordeaux. Intellectuel et théologien autodidacte, cette figure locale devient vite celle de l’islam de France. M. Oubrou devient ainsi le recteur et l’imam référent de la mosquée bordelaise Al-Huda, en 1991, tout en participant à des conférences et débats à l’échelle nationale, parfois controversés. Membre de l’UOIF, M. Oubrou est président de l’association Imams de France et auteur de plusieurs livres ; Profession : imam est à paraître aux éditions Albin Michel. Son pari actuel : doter les fidèles de la Grande Mosquée de Bordeaux.

Reportage de Hanan Ben Rhouma le Mercredi 15 Juillet 2009


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