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Anthar Yahia : « Seule la maturité nous aide »



FOOTBALL. Capitaine de l’Algérie au Mondial 2010, et actuel joueur de l’Espérance Tunis, Anthar Yahia a successivement évolué en France, en Allemagne, en Arabie Saoudite et en Tunisie. À 33 ans, le défenseur central a accepté de se livrer sur son riche parcours. Confidences.


Anthar Yahia : « Seule la maturité nous aide »

Vous êtes le premier joueur de l’Histoire à avoir changé de maillot national. Passé de la France à l’Algérie, comment avez-vous vécu cela ?

Anthar Yahia : Pour moi, les choses ont toujours été très claires. Quand j’étais plus jeune, je n’avais pas pu rejoindre l’équipe nationale d’Algérie, tout simplement parce que, à cette époque, mon pays ne prospectait pas dans les centres de formation en France. Mais si, à 15 ou à 16 ans, j’avais pu jouer pour les Verts, je l’aurais fait sans hésitation.

Aujourd’hui, beaucoup de joueurs binationaux sont amenés à choisir entre la France et le pays de leurs parents, est-il difficile de se déterminer aussi jeune ?

A. Y. : C’est très compliqué pour un jeune, car beaucoup de paramètres doivent être pris en compte. On ne peut pas deviner son avenir et celui de sa famille. On fait parfois un choix, et on se rend compte un peu plus tard que ce n’était pas le bon. Seule la maturité nous aide à nous déterminer. 

Vous avez signé à l’Inter Milan à 18 ans, où vous avez joué avec des grands joueurs comme le Brésilien Ronaldo. Êtes-vous parti trop jeune dans ce grand club ?

A. Y. : Quand une telle opportunité s’est présentée, j’ai sauté dessus. Quand on les voit à la télé et que l’on se retrouve à s’entraîner avec eux, c’est une chance. J’étais convaincu de mon choix, je ne le regrette pas. Quand on s’entraîne avec eux, on touche l’irréel du doigt, et on a envie de rester.

Le Qatar organise le Mondial 2022, beaucoup de dirigeants souhaitent que la compétition se dispute en hiver plutôt qu’en été. Vous avez joué en Arabie Saoudite. Est-il possible de jouer dans de telles conditions climatiques ?

A. Y. : Le débat est légitime. Le jour où j’ai signé, il faisait 50 °C. En soirée, je m’entraînais sous 38 °C. C’est une autre manière de jouer ! On ne peut pas attendre les mêmes choses de son corps. Cela dit, je pense que le but des Qataris n’est pas de faire jouer des footballeurs sous 50 °C ! Il y a notamment cette idée de stade climatisé…

Vous avez évolué cinq ans et demi en Allemagne. Moins médiatisée que l’Angleterre ou que l’Espagne, la Bundesliga donne l’impression d’être le championnat de demain avec des équipes comme le Bayern ou Dortmund. Qu’en pensez-vous ?

A. Y. : C’est l’idée qu’on se fait en France, mais, pour moi, c’est déjà le football de l’avenir depuis longtemps. J’y évoluais. Si j’ai un championnat à conseiller, c’est bien la Bundesliga. Si vous demandez à Franck Ribéry, il vous dira la même chose que moi. 

Pourquoi ?

A. Y. :  Les stades sont toujours pleins. L’organisation est exceptionnelle. C’est une fête pour les familles. Il y a beaucoup plus d’engouement qu’en France, et c’est un football où on ne ferme pas le jeu.

Vous évoluez désormais à l’Espérance Tunis, dans l’un des plus grands clubs d’Afrique. Comment vivez-vous cette nouvelle expérience ?

A. Y. :  J’ai choisi un projet sportif. L’Espérance est une place forte du football africain. Quant à la situation en Tunisie, je tiens à dire que je me sens très bien, et je ne ressens aucune insécurité particulière. Pour le reste, et au-delà du football, j’espère que la situation du pays ira en s’améliorant.

© D. R.
© D. R.

L’homme de Khartoum

Le 18 novembre 2009, à Khartoum, Anthar Yahia a qualifié l’Algérie lors d’un match épique face à l’Égypte au Mondial 2010.

Après 24 ans d’abstinence, le but de Yahia a rendu ivre de joie tout un  peuple, sevré d’émotions fortes. À la suite de cette qualification acquise dans la douleur, le défenseur central lâchera ces quelques mots qui resteront à jamais gravés dans l’esprit de millions de supporters :

« Nous avons tiré à terre, le gardien l’a attrapé. Nous avons tiré dans les airs, il l’a aussi attrapé. Alors nous avons tiré là où même le diable ne peut pas l’arrêter. »

Nabil Djellit le Mercredi 1 Mai 2013


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Interdépendance

Mohammed Colin - 08/07/2021
Avec le reflux de l’épidémie, le déconfinement, les départs en vacances, c’est l’après-Covid qui s’annonce ! Un vague sentiment d’après-guerre semble se propager dans l’air. On prophétise l’arrivée de nouvelles années folles. On annonce un rugissement de l’économie. On parle même depuis quelques temps de « Covida », néologisme qui associe Covid et Movida, le nom donné au mouvement culturel espagnol qui a suivi les années d’émancipation de l’après-franquisme. Toutes ces espérances démontrent que le moral est au beau fixe. Elles sont aussi le signe de la résilience face à la crise sanitaire. Et c’est tant mieux, tant que nous n’oublions pas que cette terrible épreuve n’est pas terminée et qu’il nous faut demeurer vigilants comme en témoigne la propagation des variants, mais aussi qu’il nous faut en tirer des leçons. Se recaler avec la nature semble un enseignement indispensable pour le monde d’après. Nous avons bien vu que le virus empruntait les routes de la mondialisation sans avoir besoin de passeport pour passer les frontières. Le renforcement des organisations multilatérales est aussi indispensable. La solidarité envers les pays les moins dotés financièrement est une nécessité absolue, d’autant que leurs systèmes de santé défaillants entraînent des répercussions sur les pays les plus riches. Nous sommes donc interdépendants ! Il faut bien garder cela en tête au moment où les rivalités entre les superpuissances risquent de nous entraîner dans une variante de guerre froide, cette fois entre les États-Unis et la Chine. Le monde d’après a en réalité déjà commencé et le relâchement aussi.