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Amel Bent : « Se battre et croire que c’est possible. Voilà la clef de la réussite »



La princesse du R’n’B français revient avec un nouvel album éclectique Instinct, qui lui ressemble plus que jamais. D’une femme rieuse et enjouée, on découvre des cordes plus sensibles, plus ombrées. Amel Bent se raconte sous toutes ses facettes, sans fard.


Amel Bent : « Se battre et croire que  c’est possible. Voilà la clef de la réussite »

Un 5e album déjà et 10 ans de carrière... Assez de recul pour regarder derrière vous. Que voyez-vous ?

Amel Bent : Je ne suis pas de celles qui aiment regarder dans le rétro. Je préfère le présent, là où je peux agir. 10 ans, déjà ? Je n’ai même pas vu le temps passer ! Peut-être parce qu’à chaque sortie de single j’ai l’impression de tout recommencer à zéro. Alors, bien sûr, je me rappelle mes débuts, « La Nouvelle Star », ce coup de chance, le premier album… Je suis fière de mon parcours jusqu’ici et surtout de la relation que j’ai tissée avec mon public. 

Que représente l’album Instinct pour vous ?

Il s’agit d’un virage psychologique. J’étais arrivée à un stade de ma carrière où je me sentais enfermée dans une image figée dans le passé. J’avais besoin d’évoluer et, surtout, d’être honnête avec moi-même pour l’être dans cet album. Je trouve cet album plus complet, plus large musicalement, il est le reflet de ma personnalité. On trouve aussi bien de la joie de vivre que de l’émotion ou de la combativité. Je peux être fragile comme la chanson « En silence » ou pugnace comme « La lionne saigne » !

Vous avez été l’égérie de Weight Watchers, pourquoi avoir participé à cette campagne de pub ?

Adolescente et adulescente, j’ai beaucoup souffert des remarques, des insultes, des regards à cause de mon surpoids.Cela était d’autant plus difficile que mes idoles étaient toutes filiformes. Alors, être l’égérie de Weight Watchers m’a paru une évidence. Il s’agissait de promouvoir non pas un régime, mais bien un programme de nutrition. Si l’adolescente de 13 ans que j’étais avait eu comme modèle une femme ronde, cela m’aurait sûrement aidée. Ce n’est pas parce que j’ai perdu 5 kilos que j’ai changé, je me sens juste mieux dans mon corps,pour me faire accepter comme je suis !

Vous êtes devenue le symbole d’une certaine génération de jeunes filles issues de l’immigration et des quartiers... Beaucoup vous prennent en modèle. En avez-vous conscience ?

L’idée de modèle me dérange, car cela signifierait qu’il faille suivre mon exemple. Or ma vie n’est pas exemplaire, je fais des erreurs comme tout le monde. Je préfère promouvoir un message d’espoir pour les jeunes. Je viens des quartiers de La Courneuve, et je montre aux jeunes qu’il est tout à fait possible de s’en sortir. Il faut se battre, et croire que c’est possible ; il y a le travail, la chance, et savoir la saisir au bon moment. Voilà la clef de la réussite.

La réussite que vous véhiculez n’est pas au goût de tout le monde, à en juger les tweets racistes sur votre compte. Comment vivez-vous cette radicalisation ?

Certaines personnes ne se seraient pas attaquées à moi si je n’avais pas eu la maladresse de certains propos. J’avais 19 ans, et j’ai eu la mauvaise idée de faire une analyse de société. Dire qu’il y avait un mal-être pour certains jeunes, qu’ils se sentent rejetés, au point de brandir le drapeau algérien plus facilement que le drapeau français. Ce fut une erreur de ma part. Mes propos ont été mal interprétés : à aucun moment, je n’ai voulu dire que je n’aimais pas être française, je n’aurais pas dû entrer dans la polémique. Finalement, les attaques ne m’atteignent pas. Il y aura toujours des gens qui me critiqueront parce que je suis ronde, parce que je chante du R’n’B ou parce que je suis d’origine algérienne. Je préfère retenir que les gens m’aiment et me soutiennent à travers la France. Cette France que je connais, dont je sillonne les routes, jusqu’aux moindres petits villages. Cette France que j’aime. Et puis, n’en déplaise à certains, je suis une honnête citoyenne qui paye ses impôts avec le sourire. Contrairement à certaines autres célébrités fran- çaises…

Vous avez été très critiquée aussi au sein de la « communauté », notamment lorsque vous avez chanté « Nouveau Français »… Comprenez-vous cet acharnement ?

Je n’aurais jamais dû entrer dans le débat sur l’identité nationale. À l’époque, la chanson « Nouveau Français » a été mal perçue. Je dérange peut-être aussi. Je représente un prototype qu’on voit peu, qui est aussi à l’aise pour chanter du Goldman, Aznavour que du Rohff. Personnellement, cet acharnement ne m’atteint pas. Car j’ai toujours reçu tout l’amour du monde, j’ai voyagé dès mon plus jeune âge, mon beau-père est d’origine béninoise, j’ai grandi dans un milieu très métissé… Tout cela participe à mon équilibre. Les gens torturés, je les laisse derrière moi.

Vous avez ouvert le bal à bien des chanteuses d’origine maghrébine. Après vous, il y a eu les Chimène Badi, Kenza Farah, Sheryfa Luna…

Je déteste la ghettoïsation. Je juge une chanteuse non pas pour ses origines, mais pour son talent. Et puis, plus on met en avant les origines de ces chanteuses, plus on fait d’elles des exceptions. Moi, je ne veux pas qu’on m’aime ou qu’on me dé- teste parce que je suis d’origine algéro-marocaine, mais uniquement pour ma musique.

Vous êtes aussi une marraine de cœur pour l’association humanitaire Always Unesco... Racontez-nous cet engagement.

Parce que ma mère m’a éduquée seule, j’ai une tendresse particulière pour les femmes et surtout celles qui sont dans la précarité. Always Unesco est un programme d’alphabétisation pour les femmes africaines, surtout sénégalaises. Je me suis rendue plusieurs fois au Sénégal et mon rôle est de leur donner de l’espoir, de mettre un coup de projecteur médiatique sur elles pour aider la cause. 4 000 femmes sont concernées par ce programme, qui se pérennise puisque, à leur tour, elles transmettent leur savoir à leur entourage en commençant par leurs enfants. On change la vie de ces femmes sur tous les secteurs, avec un impact direct sur la pauvreté et même la mortalité infantile. 

BIO EXPRESS 
Devant la tessiture extraordinaire de la jeune Amel Bent (Bachir de son vrai nom, née le 21 juin 1985), sa professeure de musique l’encourage dans son art. Lorsque, en 2004, Amel Bent ne remporte pas les demi-finales de « La Nouvelle Star », ses larmes seront vite séchées en signant pour l’album Un jour d’été, qui deviendra disque de platine (650 000 exemplaires), jusqu’à remporter une Victoire de la musique en tant que révélation de l’année 2006. Pour la jeune fille qui a grandi dans la cité des 4 000 à La Courneuve, ce fut la consécration, et une entrée fracassante dans la cour des grands ! Difficile de faire mieux… Les quatre albums suivants connaîtront des succès plus mitigés. En revanche, sur scène, que cela soit à l’Olympia ou n’importe quel Zénith, elle affichera toujours complet. Sa popularité la propulse même en demi-finale de l’émission « Danse avec les stars » en 2012. Après avoir prêté sa voix à des films d’animation, elle fait des apparitions dans quelques sitcoms comme « Soda » et « Scènes de ménage ». En 2014, la jeune femme de 28 ans retrouve son cher public dans l’Instinct Tour.


Propos recueillis par Karima Peyronie le Mardi 1 Avril 2014

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